Suicide du patron de Jallatte

INDUSTRIE Le fondateur de l'entreprise de chaussures ne supportait pas l'idée que...

— 

Le fondateur du fabricant de chaussures de sécurité Jallatte menacé d'un plan de délocalisation, l'octogénaire Pierre Jallatte, s'est suicidé, a-t-on appris samedi de source syndicale. «Il s'est donné la mort chez lui» vendredi après-midi, a déclaré Jean-François Anton, un responsable CGT du site de Jallatte dans le village cévenol de Saint-Hippolyte-du-Fort (Gard, 3.500 habitants). Pierre Jallatte allait avoir 89 ans le 25 juin.

«C'était un patron à grande gueule mais à grand coeur, pas un financier comme il y a maintenant», a dit M. Anton, 54 ans, qui travaille chez Jallatte depuis 1969. Un drapeau noir a été placé à l'entrée de l'usine avec la photographie de Pierre Jallatte, qui l'avait fondée en 1947 après avoir repris une entreprise de galoches.

Il souhaitait mourir

«C'est fréquemment qu'il me disait qu'il souhaitait mourir avant que son usine ferme», a expliqué très ému Georges Argelies, 75 ans, qui a supervisé la production de l'usine de Saint-Hippolyte durant 25 ans.  «Il avait très mal vécu (l'annonce de la délocalisation), ce n'est pas le premier plan social que les actionnaires nous font: l'usine espagnole avait fermé, l'usine allemande avait fermé, une usine d'Alès avait fermé et tout ça fait beaucoup», a poursuivi M. Argelies.

«Je me suis permis avec mon fils de mettre un drap noir à l'entrée de l'usine pour mettre le village en deuil», a-t-il ajouté, «la moindre famille de Saint-Hippolyte a quelqu'un qui a travaillé chez Jallatte».

Délocalisation vers la Tunisie

 
Vendredi, les syndicats ont annoncé que le projet de délocalisation vers la Tunisie de toute la production française de Jallatte annoncé le 30 mai était «suspendu» jusqu'au 18 juin, aux termes d'un accord trouvé avec le groupe italien Jal lors d'une table ronde à la préfecture du Gard.

Le projet prévoyait la suppression de 285 emplois sur les 336 de Jallatte en France, principalement à Saint-Hippolyte-du-Fort et dans la ville d'Alès (Gard). Le directeur général de Jallatte Joël Aunos a indiqué à la presse qu'il présenterait un autre projet aux actionnaires de Jal, le 18 juin.