Engagement citoyen: «L'implication des autres bénévoles me redonne foi en l'humanité»

INTERVIEW Jessica, 32 ans, bénévole, explique pourquoi l'engagement associatif contribue au bonheur...

Propos recueillis par Céline Boff

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Les SDF ou précaires souffrent de la faim en France
Les SDF ou précaires souffrent de la faim en France — Joel Saget AFP

S’engager dans une association accroîtrait l’enthousiasme et le bien-être, selon une étude réalisée par l’Institut Recherches et Solidarités. 20 Minutes a demandé à Jessica, 32 ans, bénévole, ce qu’elle en pensait.

En quoi consiste votre engagement ?

A donner de la nourriture, du café, des produits d’hygiène ou des vêtements à des SDF. Nous leur offrons aussi un soutien psychologique et nous les orientons vers les services susceptibles de les aider. Mon association organise des maraudes deux fois par semaine, j’essaye de participer à une maraude tous les quinze jours. Ponctuellement, j’apporte également mon aide pour les actions de collecte.

Pensez-vous être plus enthousiaste que la moyenne des Français ?

Je ne sais pas… Quand je suis arrivée à Paris en mars 2014, j’ai été frappée par le nombre de personnes vivant dans la rue. Cela n’existe pas au Canada ou en Italie, où je m’étais successivement exilée depuis mes 18 ans. J’ai toujours eu envie de m’engager et ça a été le déclic. Ce qui est sûr, c’est que je me sens bien quand j’aide les autres. Et quand je vois le bien que je procure à ces personnes, je me dis que ce que je fais est utile.

L’étude montre que les bénévoles sont parallèlement plus critiques quant à la cohésion sociale

Côtoyer un problème de plus près installe forcément une certaine désillusion. A titre personnel, mon action au sein de mon association me donne l’impression que le système d’aide mis en place par les politiques est insuffisant, voire inexistant. J’ai parfois l’impression d’appliquer un pansement sur une plaie béante… Mais cela me donne l’envie de faire bouger les choses à un niveau encore supérieur. Par exemple, d’aller à la rencontre des politiques pour qu’ils déclenchent de nouvelles actions. Je suis justement en train d’y réfléchir.

Ne ressentez-vous pas de lassitude ?

Non, mais je suis confrontée à des situations kafkaïennes. Comme celle de ce SDF qui a quitté l'Equateur, son pays natal, pour Paris, espérant y trouver un travail pour mieux subvenir aux besoins de sa famille restée au pays. Mais ça n’a pas marché. Il n’a pas trouvé d’emploi, il dort dans la rue et il pleure tous les jours. Il voudrait rentrer en Equateur, mais il n’a pas les moyens de se payer le billet d’avion. Quand je l’ai rencontré, j’ai pensé que ce problème était facilement soluble, qu’il suffisait de le dénoncer à la préfecture puisqu’il n’a pas de papier et qu’il serait reconduit. J’avais tort : il fait maintenant l’objet d’un avis d’expulsion, mais la France refuse de le renvoyer, car le voyage est trop cher. Il est donc « bloqué » à Paris. J’ai pensé lever des fonds à travers le financement participatif, mais sa santé psychologique a été altérée par ces longs mois passés dans la rue. Je ne sais pas si le renvoyer sans suivi dans son pays est une bonne solution.

Votre action a-t-elle changé votre façon d’appréhender la vie ?

J’ai encore gagné en sensibilité. Bien sûr, c’est parfois difficile. Mais je suis heureuse quand mes amis me donnent des vêtements, pour que je les offre aux SDF. Je suis heureuse quand je donne un pull à un sans-abri et que, grâce à moi, il aura moins froid la nuit venue. Et puis, je suis heureuse quand je vois l’implication des autres bénévoles, ils me font reprendre foi en l’humanité. Leur engagement me donne un regain de bonté et de bienveillance. Et toutes ces émotions valent bien plus que les tristesses ressenties.