Arianespace: accord de principe du gouvernement pour une cession à Airbus et Safran

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Le PDG d'Arianespace à Tokyo, le 9 avril 2015
Le PDG d'Arianespace à Tokyo, le 9 avril 2015 — Yoshikazu Tsuno AFP

La future Ariane 6 a franchi une étape clé avec l'accord de principe du gouvernement français pour la cession des parts d'Arianespace à la coentreprise constituée par Airbus et Safran, avant une importante réunion de l'Agence spatiale européenne (ESA) en juillet.

Le Premier ministre Manuel Valls a confirmé, lors d'une réunion consacrée à la refondation de la filière Ariane, qu’Arianespace avait «vocation à être contrôlée par la coentreprise Airbus Safran Launchers (ASL), via la cession des titres Arianespace détenus actuellement par le CNES», l'agence spatiale française.

«Les négociations sur les conditions de réalisation de cette opération industrielle vont donc se poursuivre sur cette base», poursuit le document, avec l'objectif «d'écrire une nouvelle page de l'histoire spatiale européenne».

Cette annonce fait suite au feu vert des Européens en 2014 au lancement du programme Ariane 6, qui doit remplacer l'actuel lanceur Ariane 5 à l'horizon 2020, lors d'une conférence ministérielle à Luxembourg.

«Aujourd'hui, notre feuille de route et notre priorité absolue, avec un objectif de voler en 2020, c'est Ariane 6», a redit la semaine dernière François Auque, le patron de la branche espace d'Airbus.

La nouvelle configuration d'Ariane 6 vise à anticiper l'évolution du marché, avec une importance croissante des satellites à propulsion électrique, plus légers. Il s'agit également pour les Européens de se doter d'un lanceur compétitif face à la concurrence de l'américaine Space X.

Le projet approuvé en décembre prévoit, outre le développement d'un nouveau lanceur plus modulaire, Ariane 6, une refonte de la gouvernance de la filière spatiale afin de gagner en compétitivité au travers de la coentreprise Airbus Safran Launchers et la cession des parts du CNES dans Arianespace, soit 34,68%.

ASL est opérationnelle depuis janvier comme société de programmes, et l'objectif, «très tendu en termes de calendrier», est de transférer la totalité des actifs le 1er octobre, a indiqué François Auque.

-Une décision début juillet -

Selon LaTribune.fr, ASL a proposé une centaine de millions d'euros pour le rachat des parts d'Arianespace, dont la valorisation est difficile à appréhender, alors qu'elle est structurellement déficitaire.

Pour autant, Arianespace jouit d'une excellente réputation auprès de ses clients, avec un 64e succès d'affilée réalisé fin mai, et détient plus de la moitié du marché des satellites commerciaux dans le monde.

«Arianespace a une agilité qui fait partie de ses valeurs», a souligné Alain Charmeau, le patron d'ASL, en insistant sur «la valeur d'Arianespace, en particulier son image, et la qualité de sa relation avec ses clients.»

L'annonce du gouvernement français intervient à quelques semaines d'une réunion de l'ESA en juillet, qui doit se prononcer sur l'offre de développement d'Ariane 6 déposée par ASL.

«L'offre a été remise le 7 mai. Il y aura une décision au début du mois de juillet», a indiqué Alain Charmeau. «Il reste six semaines de négociations pour finaliser le contrat, mais il n'y a pas de point dur.»

«Il faut à présent que les Etats donnent leur accord, et en même temps, nous mettons en place la nouvelle gouvernance, nous faisons évoluer Arianespace», a-t-il indiqué.

Selon lui, la proposition d'ASL inclut 400 millions d'euros de financement industriel pour Ariane 6. Au total, le coût de développement du futur lanceur est de 3,2 milliards d'euros.

Pour autant, le chemin reste long d'ici 2020. L'une des questions qui fera l'objet de discussions en 2016 est le nombre de lancements sur lesquels les Européens sont prêts à s'engager.

«Nous prenons la responsabilité de dimensionner un outil industriel pour douze lanceurs par an car nous croyons qu'Ariane 6 sera compétitive», a expliqué Alain Charmeau. «Nous allons prendre ce risque avant d'avoir la commande, la garantie de l'Europe qu'elle achètera au moins la moitié, ou 5 sur 12», a-t-il précisé.

Selon lui, cela pourrait passer par un «contrat cadre» définissant les conditions dans lesquelles une institution européenne peut acheter un lanceur Ariane 6.

Sur le calendrier, il a indiqué que les lanceurs doivent être livrés à partir de fin 2020 début 2021, avec un lanceur de qualification vers mi-2020.