Les étrangers ont-ils vraiment mis la main sur le vignoble français?

VIN Une étude se penche pour la première fois sur la réalité des investissements étrangers dans les domaines tricolores...

Céline Boff

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Un saisonnier participe aux vendanges dans le vignoble du Chateau Doisy Daene à Barsac, près de Bordeaux, le 22 octobre 2014
Un saisonnier participe aux vendanges dans le vignoble du Chateau Doisy Daene à Barsac, près de Bordeaux, le 22 octobre 2014 — Mehdi Fedouach AFP

Il est l’un des joyaux du pays. Mais le vignoble français appartient-il encore à ses ressortissants ou est-il passé sous pavillon étranger ? Une étude réalisée par Vinea Transaction, seul réseau national spécialisé dans la transaction de domaines viticoles, vient apporter pour la première fois des réponses. Et tordre le cou à certaines idées reçues.

2 %

C’est la part du vignoble français détenue par les investisseurs étrangers, hors champagne, cognac et armagnac. Ce qui représente à peine 500 propriétés et 12.000 hectares, sur les 600.000 disponibles (750.000 en incluant les champagnes, cognacs et armagnacs). A noter que ces investisseurs ne sont pas des financiers : la quasi-totalité (95 %) vinifient eux-mêmes leurs vins.

30

C’est le nombre de nationalités présentes dans le vignoble français. Cependant, « sept nationalités représentent 87 % des acquisitions », précise Michel Veyrier, fondateur de Vinea Transaction. Les Britanniques sont les plus présents (22 %), suivis des Chinois (21 %), des Belges (17 %) et des Suisses (9 %). Viennent ensuite les Allemands, les Américains et les Néerlandais (6 % chacun).

25

C’est, en hectares, la surface moyenne d’acquisition. Les investisseurs achètent en moyenne 31 hectares en Provence (surtout en appellation Côtes-de-Provence), 27 dans le Bordelais (Médoc et Saint-Emilion), 26 dans la Vallée du Rhône (Côtes du Rhône et Villages, Ventoux, Lubéron), 25 dans le Languedoc (Corbières et Minervois), 19 dans le Sud-Ouest (Bergerac, Cahors et Gaillac), 16 en Bourgogne-Beaujolais (Côte de Nuits et Côte de Beaune), 15 en Val de Loire. A noter que cette dernière, du fait d’une faible visibilité à l’international, attire encore très peu les investisseurs étrangers.

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1,5 à 2

C’est, en millions d’euros, le prix moyen d’une transaction. La fourchette est toutefois très large : les acquisitions débutent à 800.000 euros et peuvent aller jusqu’à 100 millions d’euros. L’hectare est vendu de 12.000 à 17.000 euros pour les vins génériques, de 50.000 à 600.000 euros pour les crus et les appellations communales identifiées et de 2 millions à 20 millions d’euros pour les grands crus et les belles étiquettes.

10 %

« Si l’on excepte les investisseurs chinois, le nombre d’acquisitions réalisées par les étrangers est en baisse constante depuis 2005: ils représentent 5 à 10 % des transactions aujourd’hui, contre 40 % au début des années 2000. Si le marché se maintient depuis 2011, c'est seulement du fait des investisseurs chinois», note Michel Veyrier. Si les étrangers boudent depuis dix ans le vignoble français, c’est en raison « de la crise économique, de l’euro fort, du french bashing et de l’instabilité fiscale et sociale ».

41 %

Des investisseurs étrangers choisissent Bordeaux. Leurs régions de prédilection sont ensuite le Languedoc-Roussillon (18 %), la Provence (13 %), la Vallée du Rhône (11 %), la Bourgogne et le Beaujolais (7 %), le Sud-Ouest (7 %) et, enfin, le Val de Loire (3 %). A noter que les Chinois investissent uniquement dans le bordelais. S’ils étaient absents de ce vignoble il y a cinq ans, ils représentent désormais 47 % des investisseurs étrangers, suivis de loin par les Belges (21 %).

4,9 %

C’est le taux de pénétration, qui mesure le nombre d’hectares achetés par des investisseurs étrangers par rapport au nombre d’hectares disponibles, de la Provence. Cette région est donc la plus recherchée de France, devant Bordeaux (4,6 %). Les Britanniques (24 %) et les Suisses (18 %) sont les investisseurs étrangers les plus présents. L’héliotropisme et le dynamique marché du rosé expliquent cet attrait.

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