SNCF: Installer des portiques anti-fraude dans les gares, est-ce une bonne idée?

TRANSPORT « 20 Minutes » a posé la question aux associations de défense des usagers et aux syndicats…

Céline Boff

— 

Un passager à côté d'un TGV en gare de Bordeaux, le 9 juillet 2012
Un passager à côté d'un TGV en gare de Bordeaux, le 9 juillet 2012 — Loic Venance AFP

Installer des portiques de contrôle des billets sur les quais. C’est la nouvelle idée de la SNCF pour lutter contre la fraude. Un fléau qui lui coûte chaque année la bagatelle de 300 millions d’euros. Annoncée en février, cette mesure sera testée en fin d’année sur les trains grandes lignes dans les gares de Montparnasse (Paris) et de Saint-Charles (Marseille), avant une éventuelle généralisation dans les principales villes françaises, dont Lyon, Lille ou encore Bordeaux. Mais qu’en pensent les associations de défense des usagers et les syndicats ? 20 Minutes leur a posé la question.

Ce qu’en pensent les associations

« Une multiplication des contraintes »

Fabrice Michel, de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (FNAUT) : « La lutte contre la fraude ne doit pas être organisée au détriment des usagers en règle. Or, avec ces portiques, les voyageurs ne pourront plus être accompagnés jusqu’à leur train, notamment lorsqu’ils sont chargés ou âgés, et le délai pour accéder au TGV sera allongé puisque ces installations vont ralentir les flux. Les jours de grands départs, ça va être un vrai foutoir ! Cette mesure risque in fine d’être contre-productive pour la SNCF : à force de multiplier les contraintes, certains voyageurs vont préférer reprendre leur voiture… »

« Il y a peu de fraude dans le TGV »

Jean-Claude Delarue, de la Fédération des usagers des transports et des services publics (FUT-SP) : « Ces portiques vont être installés sur les quais des TGV… Qui sont les trains les plus contrôlés et ceux où il y a le moins de fraudeurs -3 % des passagers, contre 10 % dans les RER, les TER et autres Intercités. Ce choix est donc étrange. Sans compter que 70 % des usagers sont en Ile-de-France… Il serait plus pertinent de lutter contre la fraude là où elle se trouve. Par ailleurs, j’espère que ces portiques n’ont pas vocation à remplacer les agents et à déshumaniser encore davantage les trains et les gares. »

Portiques anti-fraude dans les gares: «Et l’humain, on le modernise aussi ou on le supprime simplement?»

Ce qu’en pensent les syndicats

« Des questions en termes de sécurité »

Christophe Dard, secrétaire national de la CFDT-Cheminots : « En termes de sécurité, ce filtrage peut se révéler positif pour les agents puisque statistiquement, ils rencontrent davantage de difficultés avec les voyageurs non munis de titres de transport. Bien sûr, il ne faudrait pas que ces portiques remplacent les contrôleurs dans les trains ! Techniquement, certaines gares se prêteront difficilement à ce type de dispositif. Les plateformes sont parfois très étroites et la plupart des voyageurs se déplacent avec des bagages… Il ne faudrait pas que la foule s’agglutine, ce qui renforcerait le sentiment anxiogène et pourrait créer des énervements… Et donc des problèmes de sécurité. »

« La généralisation est déjà évoquée »

Roger Dillenseger, secrétaire général adjoint de l’UNSA-Cheminots : « La lutte contre la fraude est un vrai sujet et nous nous sentons très concernés par cette question, mais nous ne pouvons pas dire si ces portiques sont une bonne ou une mauvaise idée puisque nous ne les avons pas encore vus fonctionner. Autrement dit, je ne suis pas contre ce projet d’expérimentation à Paris et à Marseille, mais ce qui m’inquiète, ce sont les propos de la direction. Le test n’est pas encore lancé, nous n’avons pu tirer aucune conclusion, et une généralisation des portiques dans les gares des principales villes de France est déjà évoquée ! »

« Améliorer le service est la priorité »

Cédric Gimenez, représentant régional PACA de la CGT-Cheminots : « Les portiques doivent être expérimentés en fin d’année et nous ne savons pas combien ils vont coûter, comment ils fonctionneront et si leur installation aura des répercussions sur l’emploi… Forcément, cela alimente les craintes. La fraude coûte chère à la SNCF non seulement en termes de manque de recettes, mais aussi, pour les TER, en pénalités versées aux Conseils régionaux… Il serait donc plus efficace de se concentrer sur les TER et de faire en sorte que ces trains ne soient pas supprimés et arrivent à l’heure. Si le service était de qualité, un certain nombre d’usagers cesserait de frauder. »