Photo d'illustration Orange.
Photo d'illustration Orange. — Fabrice Coffrini AFP

STRATEGIE

VIDEO. Pourquoi Orange veut-il se retirer d'Israël?

Stéphane Richard, le PDG de l'opérateur, a affirmé qu'il souhaitait revoir les liens l'unissant à son partenaire israélien...

Israël ne décolère pas. Et exige des excuses de Stéphane Richard, le PDG d’Orange. L’affaire prend même une tournure diplomatique : « Notre ambassadeur [en France] s’est adressé aux autorités françaises pour obtenir des explications », a assuré le porte-parole des Affaires étrangères israéliennes. Mais qu’a fait Stéphane Richard ? 20 Minutes fait le point.

Que s’est-il passé ?

Mercredi, Stéphane Richard a dit qu’il souhaitait revoir les liens unissant Orange à Partner, son partenaire israélien. Le PDG français a ajouté qu’il souhaitait à terme se « retirer d’Israël ». Il a affirmé qu’il serait même « prêt à abandonner demain matin » ce partenariat, si cette décision n’exposait pas Orange « à des risques énormes » sur le plan légal ou financier.

Pourquoi Israël est-il si fâché ?

Isaac Benbenisti, qui doit prendre la présidence de Partner cet été, a affirmé que les propos de Stéphane Richard n’étaient pas une attaque contre Partner, mais contre l’Etat d’Israël. Et a appelé à la mobilisation de l’opinion publique. Qui est à fleur de peau, notamment en raison de la montée en puissance de la campagne internationale « Boycott, désinvestissement et sanction » (BDS). L’objectif de ce mouvement citoyen est d’accroître la pression économique et politique sur le gouvernement israélien pour mettre fin à l’occupation des Territoires palestiniens.

Les déclarations de Stéphane Richard sont-elles politiques ?….

Fin mai, des ONG et des syndicats ont demandé à Orange de se désengager d’Israël. D’après ces militants, Partner, en exerçant des activités « dans les colonies israéliennes contribuerait à leur viabilité économique et à leur maintien, et aiderait ainsi à perpétuer une situation considérée comme illégale par la communauté internationale ». Isaac Benbenisti estime que les propos de Richard sont « le résultat » direct de ces « pressions très importantes » exercées par les « pro-palestiniens ».

… Ou plutôt commerciales ?

C’est la raison avancée par Orange. Dans un communiqué, le groupe explique que l’accord passé avec Partner a « été signé avant l’acquisition d’Orange par France Télécom en 2000 » et rappelle qu’il s’agit d’un « accord de licence de marque ». Autrement dit, Orange permet à Partner d’utiliser sa marque en échange d’une redevance. Mais, poursuit le groupe français, « Orange ne souhaite pas maintenir la présence de la marque dans les pays où [il] n’est pas ou n’est plus opérateur ». Reste que si Orange affirme n’avoir « en aucun cas vocation à prendre part, sous une quelconque forme, à un débat de nature politique », le groupe précise tout de même ne pas être « actionnaire de la société Partner » et n’avoir donc « aucune influence sur la stratégie de celle-ci ».

Et alors, qu’en est-il vraiment ?

Richard a tenu ses propos lors d’une visite auprès de l’opérateur égyptien Mobinil, dont Orange est actionnaire à près de 100 %. Et ce n’est pas un hasard : « L’Egypte est un marché très important pour Orange, il y compte davantage de clients qu’en France. Le groupe veut sans doute rebaptiser de son nom cette filiale et, pour lui mettre des bâtons dans les roues, ses concurrents égyptiens utilisent le contrat avec Partner pour affirmer qu’Orange est une entreprise israélienne, ce qui est totalement faux », explique Jean-Michel Huet, directeur associé du cabinet BearingPoint Management & Technology Consultants. Orange avait déjà été exposé à des attaques similaires au milieu des années 2000, en Jordanie. « Le contrat israélien est une vraie épine dans le pied d’Orange. Il lui rapporte très peu d’argent et ses concurrents dans certains pays musulmans s’en servent de manière malhonnête pour lui nuire », ajoute Jean-Michel Huet.

Que va-t-il se passer maintenant ?

Orange a récemment fait amender le contrat le liant à Partner. Alors que le partenariat était initialement illimité, il s’achèvera désormais en 2025. Comme l’a dit son PDG, Orange ne pourra pas se dégager plus tôt de cet accord, sans s’exposer à des sanctions importantes sur le plan légal et financier.