Le logo du groupe nucléaire français Areva
Le logo du groupe nucléaire français Areva — Charly Triballeau AFP

Économie

Malgré son sauvetage par EDF, le redressement d'Areva sera long et douloureux

La décision de l'État de placer sous l'égide d'EDF la majorité de l'activité réacteurs d'Areva n'est qu'une étape dans le sauvetage du spécialiste du nucléaire et ne signe pas la fin du calvaire pour ses salariés.

La décision de l'État de placer sous l'égide d'EDF la majorité de l'activité réacteurs d'Areva n'est qu'une étape dans le sauvetage du spécialiste du nucléaire et ne signe pas la fin du calvaire pour ses salariés.

En choisissant cette option, l'État veut «donner une pérennité à la filière nucléaire» française, a insisté le ministre de l'Économie Emmanuel Macron jeudi matin, alors que la France est un des leaders mondiaux de l'atome et en dépend à 75% pour sa production d'électricité, un niveau sans équivalent dans le monde.

Même si Areva va conserver une participation dans les réacteurs, EDF sera donc plus que jamais la tête de pont du nucléaire français, notamment à l'international.

Surtout, l'implication d'EDF, détenu à 84,5% par des capitaux publics, n'exonère pas l'État de renflouer le groupe nucléaire, lui aussi propriété publique à près de 87%. Mercredi l'Elysée n'a pas donné de chiffrage, parlant d'une recapitalisation «à la hauteur nécessaire».

Jeudi matin, la ministre de l'Énergie Ségolène Royal a indiqué que le montant serait fixé à l'issue des négociations entre EDF et Areva, qui doivent durer un mois. «Il faut faire l'inventaire de l'ensemble des besoins, des autres ressources financières qui peuvent être mobilisées», a-t-elle affirmé.

Un courtier parisien estime les besoins de financements à long terme d'Areva à 7 milliards d'euros, notamment pour réduire une dette nette de 5,8 milliards.

Le groupe a en effet accumulé les déboires, des retards sur les projets d'EPR Olkiluoto 3 en Finlande et de Flamanville en France, au fiasco financier de l'acquisition d'Uramin, en passant par la morosité du secteur nucléaire depuis l'accident de Fukushima en 2011 et des pertes dans les énergies renouvelables.

Selon des informations de presse, EDF a fait une offre «indicative» à 2 milliards d'euros pour devenir majoritaire dans l'activité réacteurs, un montant jugé «faible» par le même courtier, qui l'évalue plutôt à 4,5 milliards d'euros.

Mais tout dépendra aussi si l'électricien prend à son compte une partie des risques opérationnels des chantiers lancés par Areva. EDF souhaite notamment ne pas avoir à supporter les passifs de l'EPR en Finlande, sur lequel plane une procédure d'arbitrage international avec le donneur d'ordre finlandais TVO.

- Une ardoise salée -

Le PDG d'EDF Jean-Bernard Lévy insiste aussi sur le fait qu'EDF, dans une situation financière «difficile», avait besoin d'une hausse des tarifs réglementés d'électricité en France.

Selon des informations de presse, EDF réclame une augmentation de 2,5% en 2015 et les deux années suivantes, en échange de son implication dans la restructuration d'Areva. Une hausse potentielle qui retomberait donc sur les quelques 28 millions d'abonnés à ces tarifs en France.

«Il n'y a pas de lien entre cette opération et les tarifs de l'électricité», a toutefois assuré Emmanuel Macron jeudi matin.

En mars, en confirmant sa perte record de 5 milliards d'euros enregistrée en 2014, Areva avait annoncé un plan d'économies de 1 milliard d'euros d'ici 2017 et d'importantes cessions d'actifs.

Le montant de la contribution de l'État dépendra donc de tous ces éléments. La France devra aussi obtenir l'aval de la Commission européenne, dans la mesure où le renflouement pourrait être assimilé à une aide d'État.

Quoi qu'il en soit, l'ardoise sera salée pour EDF et pour l'Etat. A la clôture de la Bourse de Paris, l'action EDF perdait d'ailleurs -2,76% à 21,17 euros (dans un CAC en repli de 0,93%).

De son côté, Areva prenait 2,21% à 8,94 euros, après une pointe à +6% en début de séance.

La décision de l'État ne remet par ailleurs nullement en cause l'impact social de la restructuration du groupe nucléaire, qui sera recentré sur la gestion du cycle du combustible nucléaire.

Areva, qui doit boucler son plan de financement fin juillet, veut supprimer entre 5.000 et 6.000 postes dans le monde, dont 3.000 à 4.000 en France, pour réduire de 15% ses frais financiers.

Le groupe emploie 44.000 personnes dans le monde, dont 29.000 en France.

Pour Jean-Pierre Bachmann, coordinateur de la CFDT du groupe, la création d'une filiale commune avec l'électricien risque d'«aggraver les pertes d'emplois», notamment au niveau des fonctions «support».

De son côté, FO ne comprend pas que les négociations en cours se poursuivent «comme si rien de nouveau n'était intervenu» et avertit la direction qu'elle prend le risque «quasi certain d'une rupture du dialogue social avec toutes les conséquences négatives que cela implique».

Pour sa part, Europe Ecologie Les Verts dénonce «l'entêtement» de l'Etat avec cette «recapitalisation de plusieurs milliards d'euros -aux frais du contribuable - de l'entreprise symptôme et symbole de la déliquescence de la filière nucléaire». Et avertit du risque «d'entraîner EDF» dans la «chute vertigineuse» d'Areva.