«Pour que le chômage baisse, la hausse des salaires doit être limitée»

INTERVIEW L'économiste Antoine Goujard revient sur les dernières prévisions de l'OCDE publiées mercredi...

Propos recueillis par Céline Boff

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Une agence de Pôle emploi à Nantes.
Une agence de Pôle emploi à Nantes. — SALOM-GOMIS SEBASTIEN/SIPA

La courbe du chômage devrait enfin s’inverser. D’après l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le chômage atteindra 10,2 % de la population active métropolitaine au deuxième trimestre, avant de redescendre à 10,1 % fin 2015 puis à 10 % fin 2016. 20 Minutes fait le point avec Antoine Goujard, économiste en charge de la France à l’OCDE.

Pourquoi vous attendez-vous à une baisse du taux de chômage en France ?

Parce que les conditions extérieures s’améliorent, avec la baisse du prix de l’énergie et la mise en place, par la Banque centrale européenne (BCE), d’une politique monétaire plus accommodante. La hausse de la demande des pays extérieurs, notamment de ceux de la zone euro, devrait améliorer les exportations françaises. Enfin, nous notons un ralentissement de l’assainissement budgétaire. Tous ces éléments vont recréer de la croissance. Elle permettra de stabiliser le taux de chômage puis de l’abaisser.

Les patrons vont-ils faire « foirer » la reprise ?

Justement, la croissance revient mais la baisse du chômage sera extrêmement limitée… Pourquoi ?

La conjoncture s’améliore mais la France a une démographie soutenue. Le nombre de nouveaux entrants sur le marché du travail limite donc la baisse du chômage. Ensuite, la croissance doit s’enraciner dans le temps pour produire tous ses effets. Elle devrait atteindre 2 % fin 2016, les améliorations seront alors plus nettes.

Malgré cette embellie à venir, vous recommandez pourtant des réformes structurelles…

Effectivement, parce qu’une partie de la reprise est liée à des facteurs extérieurs – la politique monétaire de la BCE et la baisse du prix de l’énergie. Pour pérenniser sa croissance, la France doit améliorer le fonctionnement et la compétitivité de son marché du travail.

Concrètement, quelles réformes attendez-vous ?

La France doit limiter ses dépenses publiques – elles représentent encore 57 % de son PIB- afin d’abaisser à terme le niveau des prélèvements. Concernant le marché du travail, elle doit réduire le coût des licenciements et assouplir la réglementation du CDI, notamment en allongeant la durée de la période d’essai. Parallèlement, elle doit mieux former la population active, notamment les moins qualifiés. Certaines de ces évolutions sont en cours et les réformes déjà mises en œuvre, notamment avec le Crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) et le Pacte de responsabilité, devraient accroître le PIB de +1,6 % à horizon cinq ans. C’est une évolution significative mais les efforts doivent être poursuivis et intensifiés afin de réduire durablement le chômage.

La reprise de la croissance va-t-elle vraiment durer ?

Vous redoutez une hausse des salaires en France, mais le gouvernement n’a aucune prise sur ce sujet…

Non, effectivement. Nous allons suivre de près la manière dont les entreprises, les partenaires sociaux et les salariés vont s’approprier le CICE et le Pacte. Si les gains sont utilisés pour accroître les salaires, cela nuirait à la nécessaire restauration des marges des entreprises et à la création d’emplois. Nous le redoutons parce qu’en 2014, malgré une croissance faible d’à peine +0,2 %, la hausse des salaires est restée dynamique, à +1,4 %. Nous misons cette année sur une hausse des salaires de +1,6 %, mais si elle se révèle supérieure sans être liée à un surcroît de croissance, la baisse du chômage pourrait être retardée.