Dette: Athènes dépose son offre d'accord aux créanciers, qui vont dévoiler la leur

NEGOCIATIONS Une première confrontation entre les propositions des uns et des autres devrait intervenir ce mercredi soir lors d'une rencontre entre le Premier ministre grec Alexis Tsipras et le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker...

B.D. avec AFP

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Le Premier ministre grec Alexis Tsipras et le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker le 13 mars 2015 à Bruxelles
Le Premier ministre grec Alexis Tsipras et le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker le 13 mars 2015 à Bruxelles — Emmanuel Dunand AFP

Les négociations pour parvenir au déblocage d'une tranche de prêts vitale à la survie financière de la Grèce sont entrées dans une phase décisive avec la mise au point, par Athènes et ses créanciers, de deux programmes de réformes concurrents que les protagonistes ont quelques jours pour concilier.

Une première confrontation entre les propositions des uns et des autres devrait intervenir mercredi soir lors d'une rencontre entre le Premier ministre grec Alexis Tsipras et le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker.

46 pages de réformes et de mesures budgétaires

Alexis Tsipras se rendra à ce rendez-vous bruxellois, annoncé mardi soir de source gouvernementale grecque, «avec dans ses valises la proposition grecque», selon la même source. Cette proposition d'accord, comprenant 46 pages de réformes et de mesures budgétaires auxquelles s'engagerait Athènes pour obtenir le versement de 7,2 milliards de prêts, a été envoyée lundi soir à l'UE, la BCE et au FMI, en charge de l'assistance financière apportée au pays depuis 2010.

Selon Alexis Tsipras, il s'agit d'une offre «complète» et «réaliste». Mais les créanciers de la Grèce ont aussi planché de leur côté, sur la base des discussions techniques menées depuis plusieurs semaines entre représentants des deux parties, et ils ont leur propre offre d'accord à faire aux dirigeants grecs. Selon une source européenne, ce plan des créanciers sera présentée à Alexis Tsipras cette semaine «pour idéalement parvenir à un accord vendredi».

300 millions d'euros

Ce jour-là, la Grèce, dont les finances sont à sec, doit rembourser une tranche de prêts de 300 millions d'euros au FMI, premier versement d'un total de 1,6 milliard d'euros dus à l'institution de Washington en juin. Athènes dispose des fonds pour effectuer le versement du 5, selon une source familière de ces transactions, mais le gouvernement de gauche radicale a laissé entendre que des gages d'accord seraient bienvenus d'ici cette date pour envisager les prochains paiements du mois.

Si les détails des plans d'Athènes et de Bruxelles ne sont pas connus, les divergences semblent encore suffisamment nombreuses pour que Jeroen Dijsselbloem, patron de l'Eurogroupe et ministre des Finances des Pays-Bas, ait tempéré l'optimisme: «Des progrès sont enregistrés, mais c'est vraiment insuffisant» a-t-il déclaré mardi dans un entretien à la télévision néerlandaise.

«Nous n'y sommes pas encore»

«Nous n'y sommes pas encore», a également déclaré Annika Breidthardt, porte-parole de la Commission en charge des Affaires économiques. Le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, a estimé qu'il reste «du chemin à faire», mais il a aussi évoqué des «progrès sérieux», notamment sur la question épineuse du système de retraites et sur la TVA. Une source européenne a souligné le changement d'ambiance dans les discussions entre les deux parties qui semblent désormais mieux se comprendre.

Selon le gouvernement grec, les propositions d'Athènes sont dans la ligne de la tribune d'Alexis Tsipras diffusée dimanche par le quotidien français Le Monde: des excédents budgétaires primaires (hors charge de la dette) moins élevés que prévu pour 2015 et 2016 mais plus élevés pour les années suivantes, «une grande réforme de la TVA», la refonte du système de sécurité sociale via l'unification des caisses, la suppression des retraites anticipées, des processus de privatisations.

En contrepartie, il insistait sur la nécessité de ne pas détricoter davantage la législation nationale du travail, et de ne pas procéder à de nouvelles réductions des pensions de retraite. Le courant le plus à gauche du parti Syriza d'Alexis Tsipras, arrivé au pouvoir en janvier, multiplie en effet les mises en garde contre de trop grands renoncements.

Pas d'ultimatum

«Si l'accord est mauvais pour le gouvernement, le peuple et le pays, il ne sera même pas soumis au parlement... il y aura des élections», a averti mardi le secrétaire d'Etat aux Assurances sociales, Dimitris Stratoulis. La proposition des créanciers n'est pas un ultimatum à prendre ou à laisser, a pris soin de préciser une source européenne, mais une «initiative pour accélérer les discussions» alors que le temps presse.

Pour que l'accord soit sur pied avant l'expiration du second plan d'aide à la Grèce au 30 juin, le feu vert des créanciers doit intervenir au plus tard lors de l'Eurogroupe du 18 juin. Les experts techniques de l'Eurogoupe feront le point mercredi lors d'une conférence téléphonique.

Signe de l'enjeu de ces négociations et de leur dimension politique: l'initiative lundi soir de réunir au pied-levé chez Angela Merkel à Berlin, où le président français François Hollande était en déplacement, les principaux protagonistes du dossier grec: la directrice générale du FMI Christine Lagarde, le président de la Banque centrale européenne Mario Draghi, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker.