«Les nouveaux moyens de paiement sont bien plus sécurisés que les chèques»

INTERVIEW Willy Dubost, de la Fédération bancaire française, commente la frilosité nationale à l'égard du virtuel...

Propos recueillis par Céline Boff

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Paiement par carte bleue sans contact (Illustration)
Paiement par carte bleue sans contact (Illustration) — P.Magnien / 20 Minutes

Comment inciter les Français à se détourner des espèces et des chèques pour privilégier la carte bancaire et le paiement dématérialisé ? C’est la question sur laquelle se penchaient ce mardi les professionnels réunis aux Assises nationales des moyens de paiement, organisées à la demande de Bercy. 20 Minutes fait le point avec Willy Dubost, responsable du département Moyens de paiement à la Fédération bancaire française (FBF).

Pourquoi les Français restent aussi attachés à leur chéquier

Quel regard portez-vous sur les Assises nationales des moyens de paiement ?

Un regard à la fois intéressé et vigilant. Les groupes de travail auxquels nous avons participé, aux côtés de représentants de l’Etat, de commerçants, de start-up et d’associations de consommateurs, ont établi plus de cent propositions. Et le monde bancaire a pris des engagements forts pour promouvoir les modes de paiement innovants. Mais nous sommes aussi vigilants. Le succès d’un moyen de paiement repose sur la confiance que lui accorde l’utilisateur. Il ne faut donc pas abaisser les niveaux de contrôle. Nous ne voulons pas être alarmistes, mais la sécurité est capitale à l’heure où la fraude internationale et la cybercriminalité progressent. Il s’agit là d’un véritable sujet d’indépendance nationale.

Justement, les Français recourent peu aux nouveaux moyens de paiement… Comment l’expliquez-vous ?

D’abord parce que l’administration ne les pousse pas à les utiliser. Nombre de services - cantines, crèches, etc.- se règlent encore par chèque, ce que le ministre Michel Sapin souhaite d’ailleurs faire évoluer. Ensuite, nous devons, en tant que banquiers, accentuer l’information et la pédagogie autour de ces modes de paiement innovants, notamment à travers notre site Les clés de la banque. Enfin, si les Français ne se lancent pas, c’est parce qu’ils estiment que les moyens de paiement dont ils disposent actuellement, tels que la carte bancaire, le cash ou le chèque, sont confortables.

Ne redoutent-ils pas également le risque de fraude avec la carte sans contact ou encore, le paiement par mobile ?

Mais ces modes de paiement sont bien plus sécurisés que ne l’est le chèque ! Si l’utilisateur se fait voler ses données ou si une transaction erronée est effectuée, la banque annule l’opération. Ces craintes n’ont donc pas lieu d’être. Une fois encore, nous devons multiplier les efforts en termes d’information.

Quelles sont les solutions pour favoriser l’essor de ces nouveaux moyens de paiement ?

Les banques viennent de prendre de multiples engagements en ce sens. Nous allons notamment généraliser nos offres IP (télécommunications par Internet et non plus avec des numéros surtaxés) afin de permettre une utilisation des terminaux de paiements (TPE) à moindre coût, pour le commerçant. Nous nous engageons également à promouvoir l’offre M-POS (terminaux nomades) pour le commerce itinérant. Ce qui devrait limiter l’utilisation des chèques.

La fin du cash et des chèques ne serait-elle pas une bonne nouvelle pour les banques ?

Ce serait surtout une bonne nouvelle pour les commerçants, car cela fluidifierait le passage en caisse et ils passeraient moins de temps à effectuer leur comptabilité, et pour l’Etat, puisque les remontées fiscales seraient facilitées. Concernant les banques, il est tout de même normal que nous prélevions aux commerçants une participation pour le service que nous leur rendons. Les banques s’engagent d'ailleurs, lorsque les dispositions contractuelles prévoient la perception d’un minimum de commission, à une diminution significative de ce minimum prélevé.