Chômage: «Le retour de la croissance n'est pas la solution»

INTERVIEW Philippe Deljurie, cofondateur de «Meteojob», revient sur les chiffres du chômage...

Propos recueillis par Céline Boff

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Une antenne de Pôle emploi à Bailleul, dans le Nord-Pas-de-Calais, le 13 septembre 2012
Une antenne de Pôle emploi à Bailleul, dans le Nord-Pas-de-Calais, le 13 septembre 2012 — Philippe Huguen AFP

Les signes actuels de reprise ont-ils un effet sur le chômage ? La réponse tombera ce lundi à 18h avec la publication du nombre d’inscrits à Pôle emploi en avril. Si le gouvernement ne s’attend pas à un miracle, Philippe Deljurie, cofondateur de Meteojob, estime que les chiffres du chômage ne sont pas si mauvais… Explications.

Vous dites que les chiffres du chômage ne sont pas si mauvais… C’est-à-dire ?

Je dis surtout qu’il faut arrêter de se concentrer sur le taux de chômage moyen mais plutôt analyser l’évolution du chômage par catégorie socioprofessionnelle ces trente dernières années. Ainsi, l’on remarque que le taux de chômage des professions intermédiaires et des cadres oscille de 4 % à 5 % depuis 30 ans. Autrement dit, nous sommes pour ces catégories, qui représentent tout de même 15 millions de personnes, en situation de plein emploi. En revanche, le taux de chômage des ouvriers non qualifiés – soit 3 millions de personnes- progresse continuellement. Malgré certains à-coups à la baisse, il est passé de 10 % en 1983 à près de 20 % aujourd’hui.

Qu’en concluez-vous ?

Quand les politiques et les économistes parlent du chômage, ils disent souvent que la croissance est la seule solution pour infléchir la courbe. Mais nous voyons bien que cela est faux pour les ouvriers non-qualifiés. Au cours des 30 dernières années, il y a eu des périodes de croissance mais leur courbe de chômage n’est jamais passée sous la barre des 13 %. Pour eux, la seule façon d’inverser la tendance est de les former afin de les faire changer de catégorie. C’est plutôt encourageant pour les pouvoirs publics, puisqu’il y a là de véritables actions de long terme à mener.

Quid des ouvriers qualifiés et des employés ?

Ces catégories, qui représentent 16 millions de personnes, sont les plus sensibles à la variation du PIB. Mais même en période de croissance soutenue, leur taux de chômage tourne autour de 7 %. Donc, si nous voulons un taux de chômage inférieur à 5 %, comme c’est le cas au Royaume-Uni ou en Suisse, nous devons sortir du court-termisme et développer une stratégie de long terme, sur 20 ans. La priorité est de s’attaquer au problème de la compétitivité, notamment en faisant baisser le coût du travail pour cette catégorie de salariés. C’est ce qu’a commencé à faire le gouvernement, mais cela prendra du temps.