Pourquoi les banques vous font payer des frais de gestion de compte

CONSOMMATION En France, trois quarts des banques font payer la gestion du compte courant...

Laure Cometti

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Récapitulatif de frais bancaires et relevé de compte.
Récapitulatif de frais bancaires et relevé de compte. — F. DURAND / SIPA

De plus en plus de banques appliquent des frais de tenue de compte courant. Le Crédit mutuel va généraliser ces tarifs dans les sept fédérations où ce service restait gratuit, à compter du 1er octobre, rapporte ce vendredi le quotidien Les Echos. Seul un tiers des banques (32 %) facturait ce service en 2010, selon le comité consultatif du secteur financier (CCSF). En mai 2015, trois quarts des établissements font payer cette prestation d’après les données de Semaphore Conseil.

À quoi correspondent les frais de tenue de compte ?

Ces frais couvrent la gestion des opérations sur votre compte courant. Les banquiers invoquent des coûts informatiques et de main-d’œuvre mais la définition reste vague, d’autant plus que les tarifs varient considérablement. Ainsi, ils vont de 4,20 euros par an à la Banque postale, à 71,60 euros par an pour les banques Marze et Dupuy de Parseval, selon Le Figaro. Certaines banques facturent des frais de tenue de compte inactif, si aucune entrée ni sortie d’argent n’apparaît sur votre compte pendant un certain temps. Là encore, les écarts sont importants, de 6 euros à la Banque postale, à 440 euros chez Barclays, selon le site Cbanque.

Pourquoi de plus en plus de banques appliquent-elles ces frais ?

Selon un rapport de l’Observatoire des tarifs bancaires publié en 2014, les banques ont baissé les frais de dépassement de découvert, mais elles se sont rattrapées sur les frais de tenue de compte. En outre, « depuis que les banques sont obligées de publier les tarifs des dix principaux services (cotisation de carte bancaire, frais de virement, de prélèvement…), il leur est difficile de les augmenter. Elles concentrent donc la hausse des prix sur les frais de gestion », observe Maxime Chipoy, responsable du service des études chez UFC-Que Choisir.

En 2014, à la demande du CCSF, une onzième ligne a été ajoutée aux plaquettes tarifaires pour ces frais de tenue de compte. Pour Serge Maître, secrétaire général de l’Association française des usagers des banques (AFUB), « les usagers sont pris en otage par les banques ». Il est très difficile de vivre sans compte bancaire, « or les établissements tirent profit des flux financiers », s’insurge-t-il. « Les banques prélèvent déjà des frais ponctuels sur certaines opérations, comme les virements et prélèvements, on peut se demander s’il n’y a pas là une double facturation ». La mise en place de ces frais dans sept fédérations du Crédit mutuel crée selon lui une « situation juridiquement contestable » qu’il n’exclut pas de porter devant l’Autorité de la concurrence.

La gratuité des services à distance peut-elle compenser ces frais ?

Le Crédit mutuel a annoncé vendredi la gratuité des services d’accès à distance à partir du 1er octobre. Les clients y gagnent-ils au change ? Pas vraiment selon Serge Maître, qui s’appuie sur une étude du cabinet McKinsey selon laquelle seul un Français sur deux utilisait les services bancaires en ligne en 2014. En outre, la gestion via Internet fait économiser du temps aux banquiers, car 30 % des opérations courantes sont effectuées par les clients selon la même étude.

Que peuvent faire les clients ?

Pour l’UFC-Que Choisir, « ces frais oscillent autour de quinze euros en moyenne par an, ce n’est donc pas une raison suffisante pour changer de banque ». L’association invite les consommateurs à surveiller l’évolution des tarifs bancaires selon les établissements tous les deux à trois ans. Certaines banques pratiquent des frais de tenue de compte peu élevés, ou gratuits, mais font payer certains services plus chers que d’autres banques. « Il faut donc regarder la tarification dans son ensemble », conseille Maxime Chipoy.