Attractivité de la France: «Les investisseurs étrangers ne critiquent pas la France comme le font les entrepreneurs français»

INTERVIEW Marc Lhermitte, associé chez E&Y, revient sur les atouts et les faiblesses de la France à l'occasion de la parution du Baromètre 2015 de l'attractivité des pays...

Propos recueillis par Céline Boff

— 

La Tour Eiffel le 6 avril 2015 à Paris
La Tour Eiffel le 6 avril 2015 à Paris — Ludovic Marin AFP

Un record. La France a attiré l’an dernier 608 projets d’investisseurs étrangers (+18%), révèle le Baromètre 2015 de l’attractivité, réalisé par E&Y. Alors que le nombre de ces investissements baissait depuis 2010, un premier rebond avait été enregistré en 2013. 20 Minutes fait le point avec Marc Lhermitte, associé chez E&Y.

Pourquoi la France a-t-elle attiré tant de projets l’an dernier?

En 2014, les investisseurs étrangers ont davantage investi dans toute l’UE et la France a profité de ce redressement. Ce qui relativise les critiques contre la France, qui virent parfois à la caricature.

Justement, qu’est-ce qui attire les investisseurs étrangers en France?

Très clairement, la taille et la qualité de son marché et de ses compétences. Si l’économie française ne propose pas de croissance, elle reste puissante et diversifiée. Les investisseurs étrangers louent également sa capacité à innover et à attirer et former des talents. Le fait que la France propose un mix énergétique attractif est aussi un atout.

Mais la France séduit nettement moins que le Royaume-Uni ou que l’Allemagne… Pourquoi?

Les investisseurs apprécient la souplesse offerte par le Royaume-Uni. Le contrat zéro heure par exemple leur a tapé dans l’œil… Ils sont séduits par ce genre de dispositifs hyper flexibles. Et puis, le coût du travail y est de 30 à 40% inférieur à celui de la France. Ils goûtent aussi les efforts entrepris par l’Allemagne pour renforcer sa compétitivité. Ils estiment que les réformes des années 2000 ont porté leurs fruits en termes de modération salariale et de flexibilité. Ce sont d’ailleurs ces efforts qu’ils attendent aujourd’hui de la France.

Malgré ce coût du travail plus élevé et cette moindre flexibilité, les investisseurs étrangers choisissent en priorité la France pour leurs projets industriels…

C’est vrai. La France est depuis 15 ans la première destination en Europe pour les projets industriels et elle le reste en 2014, avec 231 projets accueillis. La France attire par ses qualités logistiques et la diversité de ses filières industrielles. Ceci dit, en 2014, les investisseurs ont surtout procédé à de petites extensions de sites existants et non à la création de nouvelles implantations. Ces projets ont donc créé peu d’emplois… Et ce, parce que les investisseurs sont prudents face au droit et au coût du travail français. Au-delà de son aspect protecteur, c’est notamment le fait que ce droit soit complexe et pénalisant pour les employeurs qui les refroidit.

Il y a pourtant eu l’accord sur la sécurisation de l’emploi, le choc de simplification, le pacte de compétitivité, le Crédit d’impôt compétitivité emploi (Cice)… Tout cela ne leur suffit-il pas?

Ils estiment que ces évolutions vont dans le bon sens mais que le compte n’y est pas encore. Par ailleurs, il est intéressant de voir que le site France satisfait 80% des investisseurs étrangers installés dans le pays... Mais seulement 45% de ceux qui n’y sont pas établis. Cet écart prouve que les efforts constatés à l’intérieur du pays ne se reflètent pas à l’extérieur. Autrement dit, en termes de marketing, la France n’est pas assez convaincante auprès de ses futurs clients.

Cela signifie surtout que les investisseurs étrangers installés en France sont satisfaits!

Il y a une vraie différence entre les dirigeants d’entreprises étrangères implantées en France et les entrepreneurs français. Les premiers sont moins enclins au «French bashing». Ils passent au contraire leur temps à vendre la France à leurs homologues et à leurs sièges. Cette communauté a envie de France et elle a besoin que ça marche en France! Mais parfois, elle a le sentiment de ne pas avoir tous les atouts en main pour convaincre la maison-mère d’investir davantage dans le pays.

Et finalement, pourquoi est-il important d’attirer des investisseurs étrangers?

Parce que leurs investissements représentent un tiers de notre économie! Certaines de ces entreprises, comme les filiales de Siemens ou de Bosch, sont implantées en France depuis plus d’un siècle… Elles étaient là bien avant que Total ou France Télécom ne se créent. Il faut aussi différencier les investisseurs qui veulent implanter des sites en France et les fonds étrangers qui prennent des parts dans des joyaux français. Les premiers veulent créer de l’activité, de la richesse et de l’emploi, ils représentent aujourd’hui 20.000 entreprises qui emploient 2 millions de personnes! Et heureusement qu’il y a des entrepreneurs étrangers qui trouvent que la France est un pays où l’on peut chercher, innover et embaucher.