La fraude au président: Des millions d'euros détournés d'un simple coup de fil

ECONOMIE Les voleurs se font passer pour des dirigeants d'entreprises pour escroquer de fortes sommes d'argent...

Anissa Boumediene

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Illustration de billets de banque, des euros et des dollars.
Illustration de billets de banque, des euros et des dollars. — JAUBERT/SIPA

Décrocher son téléphone et se faire passer pour le patron. Voici « l’arme » redoutable avec laquelle Gilbert Chikli, le père de « l’arnaque au président » condamné ce mercredi à sept ans de prison, a réussi à dérober plusieurs millions d’euros à de grandes entreprises françaises, parmi lesquelles la Banque postale, le Crédit Lyonnais, HSBC ou encore Dassault systèmes. Inconnue au bataillon il y a encore dix ans, cette nouvelle fraude a explosé ces dernières années.

« Plus c’est gros, plus ça passe »

Le principe est simple : « Le fraudeur téléphone au comptable d’une entreprise en se faisant passer pour son PDG et ordonne à l’employé d’effectuer en urgence un virement vers l’étranger, pour une acquisition en Chine par exemple », explique Jean-Louis Di Giovanni, associé au sein du cabinet PwC, qui a réalisé en 2014 son septième baromètre de la fraude en entreprises.

L’arnaque serait donc simple comme un coup de fil ? « Oui, assure l’expert. Il ne faut pas sous-estimer la force de persuasion des fraudeurs, la pression psychologique qu’ils exercent. Ils préparent leur arnaque en amont, se renseignent sur leur interlocuteur, vont glaner des détails personnels sur lui sur les réseaux sociaux, comme le prénom de ses enfants par exemple. Ils vont jusqu’à utiliser des synthétiseurs de voix ou envoyer des mails en créant une adresse quasi identique à celle du PDG pour mieux lui faire croire qu’il s’agit bien de son patron. » Même le moment où ils agissent est étudié : les veilles de longs week-ends le plus souvent, pour s’assurer de ne pas être démasqués avant que l’argent du virement ait été transféré sur un autre compte.

Et si l’employé ne s’en laisse pas compter, les escrocs sortent l’artillerie lourde. « Certains rappellent l’employé en se faisant passer pour les services secrets ou pour des policiers de la brigade financière. Ils lui expliquent qu’il est victime d’une tentative d’escroquerie et qu’il doit effectuer le virement pour permettre d’arrêter le fraudeur. Pour avoir investigué sur des cas de fraude au président, on voit que plus c’est gros, plus ça passe », assure Jean-Louis Di Giovanni.

Les entreprises se défendent

La fraude au président représente aujourd’hui 10 % des cas de fraude en entreprises* en France. Et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. « Au-delà des cas avérés, il y a des dizaines, des centaines de tentatives chaque jour », relève l’associé du département Litiges & Investigations de PwC.

Mais aujourd’hui, les entreprises se défendent. « Des campagnes d’information et de sensibilisation sont menées au sein des entreprises, surtout dans les grandes firmes », et des mesures sont prises pour renforcer la sécurité des opérations bancaires. La Banque populaire vient d’ailleurs de lancer ce mardi une application qui permet aux chefs d’entreprise de valider ou de refuser des virements simplement avec une Apple Watch ou une montre Android.

Depuis 2010, la fraude au président aurait coûté plus de 300 millions d’euros aux entreprises françaises.

* Selon les chiffres de la dernière étude du cabinet PwC sur la fraude en entreprises parue en février 2014.