Doté d'un nouveau patron, Iter reprend de la vigueur

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Le chantier du réacteur de fusion nucléaire Iter , le 18 mai 2015 à Saint-Paul-les-Durance dans le sud de la France
Le chantier du réacteur de fusion nucléaire Iter , le 18 mai 2015 à Saint-Paul-les-Durance dans le sud de la France — BORIS HORVAT AFP

En pleine garrigue provençale, le chantier du réacteur de fusion nucléaire Iter progresse avec un nouveau pilote à la barre, le Français Bernard Bigot, soucieux de dynamiser ce grand projet international coûteux qui accumule les retards.

«Il y a eu une période d'apprentissage. Aujourd'hui, il y a une vraie prise de conscience de tous les partenaires qu'il faut ajouter une dimension managériale forte au projet», a relevé M. Bigot devant la presse internationale, deux mois et demi après sa nomination à la direction générale d'Iter Organization.

Ancien patron du Commissariat à l'énergie atomique (CEA) français, M. Bigot, 65 ans, a succédé au physicien japonais Osamu Motojima.

Ambitieux programme de recherche financé par sept partenaires - Union européenne, Etats-Unis, Russie, Japon, Chine, Inde, Corée du Sud - Iter est ralenti par la complexité de son organisation.

Le projet est en grande partie financé «en nature» par les équipements que chaque pays produit. Les sept agences domestiques servent d'interface entre l'équipe d'Iter et les entreprises impliquées dans le projet.

Sur le terrain, les grues sont à l'oeuvre. Les bâtiments industriels clef, dont le tokamak - la chambre de confinement magnétique où se produira l'expérience de fusion nucléaire -, commencent à sortir de terre.

«Le bâtiment du tokamak devrait être livré en 2018 et l'ensemble des 39 bâtiments à l'horizon 2022», selon Laurent Schmieder, responsable du programme de génie civil évalué à 1,5 milliard d'euros et financé par l'Union européenne. Le tokamak pèsera 23.000 tonnes, soit trois fois plus que la Tour Eiffel.

- Gigantesque puzzle -

Des convois très exceptionnels transportant de volumineux composants ont commencé à circuler la nuit sur 100 km entre le port de Fos-sur-Mer et le site de Cadarache (Bouches-du-Rhône) qui accueille Iter.

Ces pièces produites par les 35 pays partenaires composent un gigantesque puzzle que les ingénieurs devront assembler parfois au millimètre près. «Un vrai défi», «une complexité sans précédent», reconnaît avec un grand sourire l'ingénieur Mario Merola, chef de la division des composants internes d'Iter.

Le programme Iter s'inspire de la fusion nucléaire à l'oeuvre dans le Soleil et les autres étoiles. Mais avec une recette terrienne, en s'appuyant sur des champs magnétiques.

L'enjeu de la maîtrise de la fusion nucléaire est de taille pour ses promoteurs: fournir au monde dans la deuxième moitié du XXIè siècle une énergie ne dégageant pas de CO2, ne laissant pas de déchet radioactif de vie longue et ne présentant pas de risque d'emballement du réacteur.

Objet d'un traité international signé à l'automne 2006 mais en germe depuis 1985, Iter a accumulé les retards et son coût de construction, qui devait être au départ de 5 milliards d'euros, a presque triplé.

Il approcherait désormais les 15 milliards d'euros - dont 6,6 milliards apportés par l'Europe qui finance le projet à 45%.

Bernard Bigot entend présenter en novembre un nouveau calendrier technique. Il s'ensuivra une révision à la hausse des coûts.

«Il est clair que puisque nous avons des délais, il y a des coûts supplémentaires qui devront être assumés», convient-il: «Pour toute année de retard, il faut remettre 200 millions d'euros dans la tirelire».

Le montant des contrats déjà passés pour Iter dépasse 7 milliards d'euros. Mille entreprises sont impliquées. «Nous sommes au milieu du gué», constate M. Bigot.

Il compte demander au Conseil Iter, composé des représentants des sept partenaires, la possibilité de disposer d'un fond de réserve. Cette enveloppe budgétaire lui permettrait de parer aux aléas du chantier.

Pour lui, l'objectif d'obtenir en 2019 un premier plasma (gaz chaud électriquement chargé dans lequel devra se produire la fusion des atomes) n'est «clairement pas faisable». Cet étape sera un test avec des atomes d'hydrogène. La vraie fusion doit se faire avec des atomes de deutérium et de tritium, des cousins de l'hydrogène, plusieurs années après.

«En dépit des difficultés rencontrées, l'espoir est encore total que la fusion mérite cet investissement», assure M. Bigot.

«Mais il est clair que si nous ne savons pas correctement gérer ce projet, si les engagements pris ne sont pas tenus», ce projet pourrait «être en danger».