Avec Suddenlink, le magnat français Patrick Drahi prend pied aux Etats-Unis

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Le patron d'Altice, maison-mère du groupe Numericable-SFR, le 18 mars 2015 à Paris
Le patron d'Altice, maison-mère du groupe Numericable-SFR, le 18 mars 2015 à Paris — MARTIN BUREAU AFP

Le magnat des télécoms et des médias français Patrick Drahi, 51 ans, est parti à la conquête des Etats-Unis en rachetant, via son groupe Altice, 70% de Suddenlink Communications, une opération audacieuse qui n'entame pas son appétit pour de nouvelles acquisitions.

Septième câblo-opérateur américain, le groupe est valorisé 9,1 milliards de dollars par l'opération.

Pour s'emparer de l'entreprise, l'homme d'affaires franco-israélien a racheté des parts aux fonds BC Partners et CPP Investment Board, qui conservent 30% du câblo-opérateur, ainsi qu'à des membres de sa direction.

Les investisseurs ont applaudi cette opération, le titre clôturant à la Bourse d'Amsterdam mercredi soir sur une hausse de 11,59% à 129 euros.

Le milliardaire qui contrôle aussi le groupe de télécoms Numericable-SFR, s'est récemment renforcé dans le secteur des médias en rachetant à titre personnel les 20 magazines et sites français du belge Roularta dont L'Express, L'Expansion et L'Etudiant, qui viendront constituer un pôle avec la chaîne israélienne i24 News et une participation majoritaire dans le quotidien Libération.

«Notre investissement dans Suddenlink, le premier dans le secteur du câble aux Etats-Unis, ouvre une voie industrielle et stratégique attractive pour Altice (dans le pays), sur l'un des plus grands et dynamiques marchés de la communication au monde», s'est réjoui Dexter Goei, le directeur général du groupe, dans un communiqué diffusé mercredi.

Les fonds BC Partners et CPP étaient propriétaires depuis 2012 du groupe américain, fondé en février 2003 et basé à Saint-Louis (Missouri, centre), qu'ils avaient acheté à l'époque 6,6 milliards de dollars, dette comprise.

La transaction sera financée à hauteur de 6,7 milliards de dollars par de la dette, nouvelle et existante, de Suddenlink, un prêt de 500 millions de dollars accordé par BC Partners et CPP Investment Board et 1,2 milliard de dollars en numéraire d'Altice, maison mère de Numericable-SFR.

- Mieux que Xavier Niel? -

En faisant son entrée sur le territoire américain, Patrick Drahi dame le pion à l'autre trublion du secteur des télécoms en France, Xavier Niel, dont l'offre de rachat de l'opérateur T-Mobile US avait été rejetée en 2014.

Avec Suddenlink, Altice va récupérer un portefeuille de 1,5 million de clients particuliers et de 90.000 entreprises et sera présent dans une quinzaine d'Etats dont le Texas, la Louisiane, l'Arkansas, l'Arizona ou encore la Virginie occidentale.

Le câblo-opérateur américain a dégagé en 2014 un chiffre d'affaires de 2,3 milliards de dollars et un excédent brut d'exploitation de plus de 900 millions de dollars.

L'opération permet aussi au groupe européen, qui s'est beaucoup développé ces deux dernières années dans la téléphonie mobile et filaire, de revenir à ses premières amours, le câble.

«Cette transaction n'affecte d'aucune façon nos ambitions en Europe, y compris en France», a indiqué au cours d'une conférence téléphonique le directeur général du groupe Dexter Goei, ajoutant qu'Altice allait aussi participer activement à la consolidation des câblo-opérateurs aux Etats-Unis.

Le groupe lorgne sur des proies plus importantes comme le deuxième câblo-opérateur américain Time Warner Cable (TWC) avec 11 millions d'abonnés et une présence dans des métropoles comme New York ou Los Angeles, a indiqué une source proche du dossier à l'AFP.

Des contacts auraient été noués. Mais il faut d'abord finaliser le rachat de Suddenlink, à priori au quatrième trimestre une fois l'approbation des autorités réglementaires obtenue.

TWC se relève à peine de l'échec de sa fusion annoncée avec son grand rival et numéro un américain Comcast, entravée par les inquiétudes des autorités de la concurrence.

Depuis, TWC est au centre de grandes manoeuvres.

L'actuel numéro quatre du marché Charter Communications, qui a pour grand actionnaire la holding Liberty Media du milliardaire John Malone, a approché le groupe.

Si l'intérêt de M. Drahi pour TWC se confirme, il sera confronté à son mentor M. Malone pour qui il a travaillé par le passé.

Toute transaction sera scrutée à la loupe par le département de la Justice (DoJ) et le régulateur des télécoms (FCC).

L'appétit de l'entrepreneur français lui a permis de bâtir un géant européen des télécoms et des médias, employant près de 30.000 personnes dans une quinzaine de pays et comptant quelque 30 millions d'abonnés.

La liste de ses acquisitions n'a cessé de s'allonger ces derniers mois. Il est désormais seul maître à bord de l'opérateur Numericable-SFR. Il a racheté Virgin Mobile et ajouté les actifs portugais du brésilien Oi dans son escarcelle ainsi qu'un opérateur en République dominicaine.

L'homme d'affaires serait aussi intéressé par le numéro trois français des télécommunications Bouygues Telecom.