La Berd prête à aider davantage les pays en difficulté qui se réforment

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Le président de la Berd, Suma Chakrabarti, s'exprime lors de la réunion annuelle le 14 mai 2015 à Tbilissi, en Géorgie
Le président de la Berd, Suma Chakrabarti, s'exprime lors de la réunion annuelle le 14 mai 2015 à Tbilissi, en Géorgie — VANO SHLAMOV AFP

De l'ex-URSS ébranlée par la crise en Russie à la Grèce en passant par l'Ukraine en guerre, la Berd s'est dit vendredi prête à investir davantage dans les pays en difficulté, à condition qu'ils acceptent des «réformes réelles».

Fondée en 1991 pour accompagner la transition vers l'économie de marché les pays issus de l'ex-bloc communiste, la Banque pour la reconstruction et le développement s'est étendue ces dernières années au monde arabe, mais c'est aujourd'hui surtout dans sa zone historique qu'elle est appelée à la rescousse.

«Nous avons le potentiel d'augmenter nos niveaux d'investissements au delà de ce que nous faisons actuellement et nous devrions profiter de cette opportunité là où des besoins réels existent et des réformes réelles sont menées», a déclaré son président, Suma Chakrabarti, lors d'une conférence de presse tenue à Tbilissi à l'issue de l'assemblée générale de l'institution.

«Ce qui se passe avec l'économie russe a affecté assez profondément le Caucase et l'Asie centrale donc je m'attends à ce que nous y investissions davantage, ainsi qu'en Europe centrale et dans les pays baltes», a-t-il poursuivi.

Jeudi, la banque a assombri ses prévisions de croissance pour cette année de presque tous les pays voisins de la Russie, en crise en raison des sanctions liées au conflit ukrainien et de la chute des cours du pétrole. Elle prédit pour l'économie russe une baisse de 4,5% du produit intérieur brut et une poursuite de la récession l'an prochain, bien que le premier trimestre se soit révélé moins mauvais que craint avec une contraction de 1,9% sur un an.

La crise se propage à ses voisins par le commerce mais aussi par une chute spectaculaire des transferts d'argent des importantes diasporas de ces pays en Russie.

- Investissements record en Ukraine -

La Berd, qui appartient à 64 pays et deux organisations internationales européennes, a déjà augmenté de 5% ses investissements l'an dernier à 8,9 milliards d'euros. Ses actionnaires ont pourtant décidé en milieu d'année de geler le lancement de nouveaux projets en Russie, dans le cadre des sanctions.

Le vice-ministre russe des Finances Sergueï Stortchak avait accusé jeudi la Berd de servir d'«instrument à une intensification des pressions politiques et économiques».

«M. Stortchak a également dit qu'il ne s'attendait pas à voir la Berd revenir en Russie avec de nouveaux projets et je pense qu'il a raison», a déclaré M. Chakrabarti, expliquant appliquer purement et simplement les décisions de ses actionnaires.

En revanche, l'institution a déjà augmenté considérablement ses investissements en Ukraine, dont elle salue les réformes de libéralisation de l'économie et de lutte contre la corruption lancées depuis son tournant pro-occidental, à un niveau record de 1,2 milliard d'euros en 2014.

L'ex-république soviétique, ravagée par un an de guerre dans l'Est prorusse, a vu son activité s'effondrer au premier trimestre avec une chute de 17,6% de son PIB. L'inflation dépasse 60%.

«Nous avons l'intention de continuer à un rythme soutenu», a assuré à l'AFP le directeur de la Berd pour l'Europe de l'Est, Francis Malige, reconnaissant malgré tout «un début d'année un peu lent» en raison de la brusque dégradation de la crise.

Le responsable espère que «l'horizon se dégagera» avec un accord entre Kiev et ses créanciers privés, engagés dans des négociations tendues pour restructurer la dette qui l'étrangle.

La Berd a aussi accepté en mars d'investir pour la première fois en Grèce mais l'institution, qui donne la priorité au développement du secteur privé, est là encore dans l'expectative. Elle attend aussi le résultat des tractations laborieuses entre le gouvernement de gauche radicale d'Alexis Tsipras et ses créanciers, FMI et UE en vue du versement d'une tranche de prêts vitale à court terme.

«Nous avons commencé modestement (...) et nous verrons ce que nous pouvons faire de plus en fonction de l'approche de politique économique qui sera décidée entre la Grèce et ses amis étrangers», a expliqué Suma Chakrabarti.

La Berd a déjà averti jeudi que même en cas d'accord, il ne fallait pas s'attendre à une quelconque croissance cette année pour la Grèce. Dans le cas inverse, elle craint «une récession profonde» douloureuse pour toute l'Europe.