RETOUR SUR - Six mois après avoir frôlé la disparition, Caddie reprend des couleurs

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Le PDG Stéphane Dedieu de Caddie pose le 20 avril 2015 à l'extérieur de l'usine de fabrication de charriots de Drusenheim, dans l'est de la France
Le PDG Stéphane Dedieu de Caddie pose le 20 avril 2015 à l'extérieur de l'usine de fabrication de charriots de Drusenheim, dans l'est de la France — Frederick Florin AFP

L'emblématique fabricant de chariots Caddie a bien failli être emporté il y a six mois dans le naufrage du groupe Altia. Mais pour son repreneur, un ancien de la maison, «les signaux sont repassés au vert».

«Vous n'imaginez pas l'état dans lequel j'ai retrouvé l'usine. Il n'y avait pas eu de nettoyage depuis six mois», lance Stéphane Dedieu, détenteur de 65% du capital, en déambulant fièrement dans les allées remises en ordre de l'usine de Drusenheim (Bas-Rhin).

L'offre de reprise du quadragénaire - associé à l'italien Bertoldi (25% du capital), distributeur de Caddie, et à l'allemand Shopbox (10%), spécialisé dans l'entretien des chariots - a été validée fin octobre par la justice après des mois de doutes pour les salariés, dont seulement 128 ont été repris sur 384.

La notoriété du fleuron français est telle que sa marque est devenue pour certains le nom commun des chariots de supermarché, mais elle ne l'a pas protégé de la concurrence. Les belles promesses d'Altia, qui l'avait repris en 2012, n'ont pas enrayé son déclin jusqu'à la liquidation évitée de justesse fin 2014.

Depuis, l'usine a été remise d'aplomb, de nouveaux ordinateurs ont été achetés, les pelouses du site, où trône un caddie géant, bien tondues... et surtout, les carnets de commandes sont de nouveau remplis.

«Tous les signaux sont repassés au vert, même s'il faut rester prudent», dit le nouveau patron, en montrant les alignements de chariots prêts à partir vers les enseignes de la grande distribution.

Il se réjouit d'une «grosse commande d'Arabie Saoudite» et de «discussions» en Europe centrale. Plus loin, il serre la main d'un homme d'affaires coiffé d'un turban, intéressé par des chariots d'aéroports.

«50% de notre chiffre d'affaires vient de l'étranger», explique M. Dedieu. Il sait de quoi il parle: le nouveau PDG a été le «directeur export» jusqu'au début des années 2000 de l'entreprise qu'il avait intégrée à l'âge de 23 ans, en 1992.

En 2009, après une escapade, il était revenu prendre les commandes du fabricant en difficulté. Mais malgré un plan de départs de plus de 200 salariés (sur plus de 700 alors), Caddie s'était résigné à passer dans le giron d'Altia.

- D'anciens salariés réembauchés -

Rétrogradé dans l'organigramme, Stéphane Dedieu avait rapidement mis les voiles, avant de faire son deuxième come-back. «Les gens d'Altia étaient des croqueurs d'entreprises, pas des industriels», dit-il.

Les salariés pèsent moins leurs mots: «Altia a arnaqué tout le monde, salariés comme fournisseurs», estime Christophe Zinck, délégué CFDT. «On a connu un redressement en 2012, puis en 2014, les salariés se méfient, mais on connaît M. Dedieu, il y a plus de confiance, surtout qu'il a mis de l'argent avec ses associés, des acteurs du secteur».

Les repreneurs tablaient prudemment sur un chiffre d'affaires de 17 millions d'euros en 2015. Ce devrait plutôt être 18 millions, estiment-ils désormais, espérant enregistrer rapidement de vrais bénéfices.

Un investissement de 600.000 euros doit permettre de lancer en 2016 une nouvelle ligne de montage. L'actuelle «a été conçue pour de grosses productions standards, mais le métier a changé, nos clients veulent s'adapter à la clientèle de chaque magasin», avec des produits spécifiques, explique Stéphane Dedieu.

Chantre de l'innovation, le nouveau patron joue aussi la carte de l'identité historique du fabricant né en 1928: le nom originel de l'entreprise, «Les Ateliers Réunis», a fait son retour sur les logos, et des photos en noir et blanc des années fastes sont régulièrement postées sur une page Facebook.

Dans un atelier, M. Dedieu attrape un petit chariot ancien qu'il a fait rénover. «Je l'ai retrouvé sur le Bon Coin, il date de 1967», sourit-il, expliquant vouloir perpétuer «la culture d'entreprise» d'un personnel attaché à ses produits.

Le carnet de commandes plus garni que prévu lui a déjà permis de réembaucher des anciens licenciés: 13 en CDD et 6 en CDI.

D'autres embauches pourraient suivre, mais Caddie ne retrouvera pas ses effectifs passés, prévient M. Dedieu: «Je veux garder une entreprise à taille humaine, familiale, axée sur la qualité et la satisfaction du client».