La reprise de la croissance va-t-elle vraiment durer?

CONJONCTURE Au premier trimestre, la France a fait mieux que l’Allemagne et que les Etats-Unis en termes de hausse du PIB...

Céline Boff

— 

Illustration d'un chariot dans un supermarché.
Illustration d'un chariot dans un supermarché. — CLOSON DENIS/ISOPIX/SIPA

Bonne nouvelle. Sur les trois premiers mois de 2015, la croissance française a atteint +0,6%, a annoncé ce mercredi l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). C’est mieux que prévu -l’Insee tablait initialement sur une hausse de +0,4%- et c’est également mieux que les performances réalisées par notre voisin allemand (+0,3%) et par le n°1 mondial étasunien (+0,2%).

Un rebond temporaire?

La France n’avait pas enregistré une telle progression de son PIB depuis le deuxième trimestre 2013 (+0,7%). Mais la croissance s’était ensuite effondrée (-0,1%) avant d’osciller entre les -0,1% et les +0,3%. En sera-t-il de même cette fois-ci? Le sursaut de ce premier trimestre est-il un rebond temporaire ou marque-t-il le début d’une réelle reprise?

Dans les chiffres communiqués par l’Insee, il y a des signes positifs. La consommation d’abord. Les ménages ont nettement accéléré leurs dépenses (+0,8% après +0,1% au quatrième trimestre). Bien sûr, cette hausse est stimulée par la baisse du cours du pétrole et par la faible inflation qui ont donné un coup de fouet au pouvoir d’achat des Français. Mais ces derniers se sont tout de même offert davantage d’équipements, notamment des automobiles, et «ils ont sans doute réduit leur taux d’épargne», analyse l’économiste Jean-Paul Betbèze. Des signes de confiance, donc.

Ensuite, la production des biens et des services a progressé sensiblement au premier trimestre (+0,7%), après avoir stagné fin 2014. «C’est un signe manifeste de reprise», assure Philippe Crevel, de la société d’études Lorello Ecodata. Mais il ne faut pas crier victoire pour autant. «L'économie est plus volatile et versatile avec l'interaction d'un nombre important de facteurs (monétaire, pétrolier, crises internationales...). Il faut donc rester prudent», estime Philippe Crevel.

L'investissement toujours timide

Sans compter que certains indicateurs sont inquiétants. A commencer par l’investissement total, qui baisse encore (-0,2%), plombé par le recul de l’investissement des ménages (achats de logements, travaux importants) et par la faiblesse de l’investissement des entreprises (+0,2%). «Même si leur profitabilité augmente grâce au Pacte de responsabilité et au Crédit d’impôt compétitivité emploi (Cice), les entreprises ne sautent toujours pas le pas», note Jean-Paul Betbèze.

Autre signe négatif: le commerce extérieur. Malgré la perte de valeur de l’euro, les importations progressent toujours plus nettement (+2,3%) que les exportations (+0,9%). «Notre balance commerciale continue de se dégrader, cela signifie que nous avons toujours un problème de compétitivité. Et si les marges des entreprises françaises s’améliorent, elles restent toujours très inférieures à celles de leurs homologues allemandes», ajoute Jean-Paul Betbèze.

Les destructions d'emploi se poursuivent

C’est ce qui explique pourquoi l’emploi continue de souffrir. Au premier trimestre, 13.500 postes ont été détruits. Sur un an, 68.500 emplois ont été rayés de la carte. Les secteurs les plus frappés sont la construction (-57.100) et l'industrie (-38.200). «Les entreprises n’investissent pas, que ce soit dans les matériels mais également dans les formations. C’est très inquiétant, parce que la crise actuelle de l’emploi est avant tout une crise de la qualification», affirme Jean-Paul Betbèze.

Si la croissance ne devrait pas s’effondrer –le gouvernement s’attend à une progression d'au moins 1% cette année et les économistes sont encore plus optimistes-, elle ne profitera pas vraiment à l’emploi. Il faudra sans doute attendre le deuxième semestre 2015 pour que l’investissement des entreprises reparte et 2016 pour que le chômage commence vraiment à reculer.