Airbus poursuit les essais de l'A400M malgré le crash

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Deux soldats allemands se tiennent debout le 11 septembre 2012 à côté d'un Airbus A400M lors de l'International Air Show ILA de Schoenefeld, près de Berlin
Deux soldats allemands se tiennent debout le 11 septembre 2012 à côté d'un Airbus A400M lors de l'International Air Show ILA de Schoenefeld, près de Berlin — Johannes Eisele AFP

Airbus va poursuivre les vols d'essai de son avion de transport militaire A400M malgré l'accident qui a coûté la vie à quatre de ses employés en Espagne, honorés lundi par une minute de silence dans toutes ses usines.

«Nous maintenons notre confiance dans l'avion», a déclaré le directeur du programmes avions militaires d'Airbus, Fernando Alonso, lors d'une conférence à l'usine de Séville (sud de l'Espagne) où sont assemblés les A400M. Il a ajouté qu'il participerait lui-même au prochain vol d'essai prévu qui aura lieu mardi ou mercredi matin au départ de Toulouse (France).

Tout avion est testé en vol à sa sortie de la chaîne d'assemblage avant d'être livré au client. C'est lors de l'un de ses vols qu'un A400M, qui devait être livré à la Turquie en juillet, s'est écrasé samedi dans un champ au nord de l'aéroport de Séville. Il a heurté une ligne à haute tension en tentant un atterrissage de fortune.

Trois civils ont aidé deux survivants à sortir de la carcasse avant que le feu ne la consume. Le mécanicien et un ingénieur ont été hospitalisés dans un état grave. Mais deux pilotes et deux ingénieurs sont morts dans l'accident, encore inexpliqué.

- défaillance de moteurs ? -

Selon le site internet de l'hebdomadaire allemand Spiegel, l'accident pourrait être dû à une panne de moteurs.

«Manifestement juste après le décollage plusieurs propulseurs de l'avion ont eu des problèmes», écrit le magazine en rapportant le témoignage d'un survivant, dont il a eu connaissance après une rencontre de ministres européens de la Défense. Ce blessé grave «n'a pour le moment pu être interrogé que très brièvement», précise le Spiegel.

La difficile mise au point de ces turbopropulseurs géants --les hélices dépassent les cinq mètres de diamètre-- a été l'une des causes des retards de quatre ans accumulés par l'A400M depuis le lancement du programme en 2003.

En attendant l'examen des boîtes noires retrouvées dimanche, la Malaisie est devenue lundi le quatrième pays à suspendre par précaution les vols du nouvel appareil, après l'Allemagne, la Grande-Bretagne et la Turquie.

La France, qui en possède déjà six, a renoncé à certains vols mais maintenu ceux qui sont «prioritaires en opérations».

Un porte-parole des forces armées allemandes a cependant précisé que l'A400M reçu en décembre avait «déjà effectué 57 heures de vol. Il est notamment allé au Sénégal». Il a ajouté que la Bundeswehr n'avait constaté jusqu'ici «aucun manquement de sécurité significatif qui aurait conduit à le laisser au sol».

Dans les huit usines espagnoles d'Airbus, les employés ont observé cinq minutes de silence en mémoire de leurs collègues morts dans l'accident, a indiqué le secrétaire général du syndicat Commissions Ouvrières pour le groupe Airbus, Antonio Martin. Dans les autres usines du groupe européen, qui emploie plus de 144.000 personnes dans le monde, l'hommage a duré une minute.

M. Martin s'est refusé à spéculer sur les causes ou les conséquences de l'accident sur le programme A400M. «La priorité est au deuil et à l'attention à porter aux familles des victimes», a-t-il déclaré.

- Pas de conclusions hâtives -

Le ministre espagnol de la Défense, Pedro Morenes, a estimé dimanche «extrêmement important de ne pas tirer de conclusions hâtives» sur cet accident.

Airbus «représente l'industrie militaire européenne, il est donc essentiel que nous montrions notre soutien et notre appui aux efforts qu'elle mène pour tirer cet incident au clair», a-t-il déclaré à l'issue d'une rencontre en Bretagne avec ses homologues allemand, français et polonais.

Le projet A400M «est d'une importance capitale pour nous (car les Transall) doivent être remplacés», a souligné de son côté le porte-parole de la Bundeswehr. Les C-160 Transall franco-allemands datent des années 60.

Le titre souffrait lundi en bourse et a terminé à Paris en recul de 2,07% à 62,09 euros après avoir chuté de plus de 4%.

Airbus maintient son objectif de livrer 14 A400M cette année, a indiqué un porte-parole. Vingt appareils sont en chaîne d'assemblage final.

Au total, 174 A400M ont été commandés par huit pays: Allemagne, France, Espagne, Royaume-Uni, Belgique, Luxembourg, Turquie et Malaisie. Airbus espérait trouver un nouveau client cette année mais l'accident pourrait ne pas lui faciliter la tâche.