La zone euro sort officiellement de la déflation, mais de justesse

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La zone euro a affiché une croissance de 0,3% au quatrième trimestre 2014, a confirmé le 6 mars 2015 l'office européen des statistiques Eurostat
La zone euro a affiché une croissance de 0,3% au quatrième trimestre 2014, a confirmé le 6 mars 2015 l'office européen des statistiques Eurostat — Daniel Roland AFP

La zone euro est officiellement sortie de la déflation en avril après quatre mois de baisse des prix, une bonne nouvelle pour la Banque centrale européenne, mais plusieurs facteurs continuent à peser sur l'inflation, dont la très lente décrue du chômage.

L'inflation a été nulle en avril (0,0%) dans l'union monétaire, selon une première estimation de l'office européen de statistiques Eurostat. Elle était passée en territoire négatif en décembre, à -0,2%. La baisse des prix s'était accentuée en janvier (-0,6%) avant de revenir à -0,3% en février et -0,1% en mars.

Il s'agit d'une bonne nouvelle pour la BCE: pour contrer les risques de déflation, marquée par une baisse durable des prix et des salaires qui pèse sur la reprise économique, elle a entamé début mars un vaste programme d'assouplissement quantitatif, ou «QE», qui prévoit le rachat de plus de 1.000 milliards d'euros de titres de dettes publiques et privées d'ici septembre 2016.

Dans un rapport publié jeudi, l'institution de Francfort souligne avec satisfaction que «les attentes d'inflation en zone euro à long terme se sont reprises», et juge que cela peut-être considéré comme un premier succès de son action.

L'objectif de moyen terme de la Banque centrale est de maintenir une inflation proche, mais en-dessous de 2%.

«On en est encore loin», estime Christian Schulz, économiste de Berenberg, pour qui la stabilité des prix observée en avril «ne constitue pas encore un signe d'allègement des pressions déflationnistes, comme nous le rappellent les données du chômage pour mars, qui traduisent une décrue désespérément lente».

Le taux de chômage de la zone euro est en effet resté stable en mars, à 11,3%, même si le nombre de chômeurs a baissé de 36.000 par rapport à février. C'est «la baisse la plus modeste depuis novembre», souligne Howard Archer, d'IHS Global Insight. M. Schulz relève pour sa part qu'«à ce rythme, il faudrait 14 ans pour revenir au niveau d'avant la crise».

- La déflation menace toujours -

Or chômage et inflation sont liés: un chômage élevé incite les employeurs à maintenir la pression sur les salaires et, plus généralement, est synonyme de pouvoir d'achat limité pour les ménages. Ce qui à son tour pèse sur la consommation et les prix.

Au rythme actuel, la décrue du chômage est «beaucoup trop lente pour peser sur les salaires dans un avenir prévisible», résume Jonathan Loynes, de Capital Economics.

Autre signe peu encourageant: l'inflation sous-jacente, qui ne prend pas en compte les prix les plus volatils comme ceux de l'énergie et de l'alimentation, est «stable à son plancher de 0,6%». Le secteur des services en particulier, avec une inflation à 0,9%, a atteint «un plus bas historique», relève l'analyste.

«En résumé, c'est un soulagement que l'épisode de déflation ait été plus court que ce que l'on craignait. Mais elle pourrait faire son retour si les prix du pétrole et des matières premières repartent à la baisse», conclut-il.

La BCE ne doit pas relâcher ses efforts, estiment donc les économistes. «Le principal message en provenance de la BCE pour le moment, c'est qu'elle n'envisage pas de mettre fin de manière anticipée à son programme d'assouplissement quantitatif malgré les signes d'amélioration de l'activité», selon Howard Archer, qui prévoit une accélération de la croissance à 0,5% au premier trimestre contre 0,3% au quatrième trimestre 2014.

Le président de la BCE, Mario Draghi, s'expose à «des questions de plus en plus nombreuses sur la nécessité ou non de poursuivre le programme d'assouplissement quantitatif au second semestre», anticipe Teunis Brosens, d'ING. Mais la banque centrale, échaudée par plusieurs tentatives malheureuses ces dernières années, «devrait se montrer prudente» avant d'envisager de réduire le robinet des liquidités, prédit-il.