Crise ukrainienne et chute du rouble plombent les finances de Gazprom

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Des installations de gaz et de pétrole du géant Gazprom près de Nadym en Russie 18 février 2015
Des installations de gaz et de pétrole du géant Gazprom près de Nadym en Russie 18 février 2015 — ANDREY GOLOVANOV AFP

La crise ukrainienne et la chute du rouble ont lourdement plombé la situation financière du géant gazier russe Gazprom en 2014 avec un bénéfice net divisé par sept, selon ses résultats publiés mercredi, et les perspectives s'annoncent moroses pour les mois à venir.

Ce n'est en effet que cette année que l'effondrement des cours du pétrole de l'an dernier commence vraiment à se répercuter progressivement sur les prix du gaz exporté. Et à plus long terme, le puissant groupe public doit faire face à une dégradation de ses relations avec l'Union européenne, qui veut diversifier ses sources d'approvisionnement et l'accuse d'abus de position dominante.

Si l'an dernier ses ventes ont continué d'augmenter grâce au niveau élevé des prix, ses profits -- que la société présentait il y a quelques années comme les plus élevés au monde -- ont déjà marqué le pas.

Son bénéfice net s'est élevé l'an dernier à 159 milliards de roubles (2,8 milliards d'euros au cours de mercredi), soit un effondrement de 86% par rapport à 1.139 milliards de roubles (20 milliards d'euros) en 2013.

Gazprom a expliqué cet effondrement par deux principaux facteurs. La chute du rouble, en renchérissant notamment la valeur de ses emprunts en devises étrangères, a alourdi de 925 milliards de roubles (16 milliards d'euros) sa perte liée aux effets de changes par rapport à 2013.

Le groupe public a par ailleurs passé une charge comptable 34 milliards de roubles (600 millions d'euros) en raison de son conflit avec l'opérateur gazier ukrainien Naftogaz.

La Russie avait augmenté le prix du gaz vendu à l'Ukraine après l'arrivée au pouvoir de pro-occidentaux à Kiev début 2014. Face au refus des Ukrainiens de régler ses dettes gazières, Gazprom a fini par interrompre en juin ses livraisons, qui n'ont repris qu'en fin d'année et au compte-goutte après la signature d'un accord provisoire.

- Baisse des volumes exportés -

«Ajusté des charges exceptionnelles, les résultats de Gazprom ont dépassé les attentes», ont cependant relevé les analystes de Morgan Stanley.

Le chiffre d'affaires de Gazprom a notamment augmenté de 6,4% à 5.589 milliards de roubles (98 milliards d'euros), porté par l'augmentation de 4% des ventes de gaz vers l'Europe, son marché le plus rentable à 1.752 milliards de roubles (30,8 milliards d'euros).

En Russie, elles ont augmenté de 3% à 820 milliards de roubles (14 milliards d'euros). En revanche, les ventes à l'ex-URSS ont baissé de 2% à 411 milliards de roubles (7,2 milliards d'euros).

Mais ces chiffres, gonflés par un prix moyen en hausse, masquent une chute des volumes sur tous les marchés: -8% vers l'Europe, -19% pour l'ex-URSS, -4% en Russie.

Si cette tendance, qui s'explique en partie par des raisons climatiques, venait à se confirmer cette année, la facture s'annoncerait salée pour Gazprom. L'entreprise va devoir faire face en 2015 à une baisse significative des prix du gaz à l'exportation, indexés de manière décalée sur ceux du pétrole qui se sont effondrés l'an dernier.

A plus long terme, l'Union européenne, échaudée par la crise ukrainienne, cherche par ailleurs à diversifier ses approvisionnements en gaz grâce entre autres au gaz naturel liquéfié.

Les relations orageuses entre Moscou et Bruxelles ont déjà concrètement eu pour effet l'annulation brutale du projet de gazoduc South Stream vers l'Europe, remplacé par un gazoduc vers la Turquie. Gazprom est également visé par une enquête de la Commission européenne, qui l'accuse d'abus de position dominante et lui a présenté officiellement ses griefs en avril.

Les livraisons de gaz russe à la Chine ne doivent commencer qu'en 2018 et Gazprom peine actuellement à signer un nouveau contrat avec Pékin pour un deuxième gazoduc complétant celui en construction.

Le groupe doit en outre faire face à une concurrence accrue en Russie et pour le marché asiatique de la part de son concurrent privé Novatek mais aussi du géant pétrolier public Rosneft. Selon la version russe du magazine Forbes, ce dernier s'apprêterait à créer une filiale chargée de développer la production gazière, dirigée par une ancienne dirigeante de Gazprom.