Ryanair: Les hauts et les bas des relations entre la France et Michael O'Leary

POLEMIQUE Le PDG de la compagnie aérienne a déclaré au «Journal du dimanche» qu’il «méprisait la classe politique française»…

Vincent Vantighem

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Photo d'un avion de la compagnie aérienne irlandaise Ryanair
Photo d'un avion de la compagnie aérienne irlandaise Ryanair — Philippe Huguen AFP

La relation entre la France et Ryanair part en vrille. Ce lundi matin, Bruno Le Roux, le patron des députés (PS) à l’Assemblée nationale a maintenu, sur iTélé, qu’il fallait «combattre» les méthodes «toujours à la limite de la fraude» de Ryanair. Certes, Michael O’Leary, le patron de la compagnie aérienne low cost, l’avait bien cherché. «J’adore la France. Je méprise juste sa classe politique qui détruit avec beaucoup d’application l’économie», avait-il attaqué dans une interview au Journal du dimanche.

Le contentieux entre la compagnie irlandaise et les autorités françaises ne date pas d’hier. Et il tient beaucoup à la personnalité fantasque de Michael O’Leary. «C’est un mélange de Bernard Tapie et de Michel-Edouard Leclerc, compare François Collet, expert spécialisé dans l’économie du transport aérien. Grande gueule, ultralibéral, défenseur des prix bas: cet homme fait de la publicité pour sa compagnie à chaque fois qu’il s’exprime. Et en même temps, il met le doigt sur le problème français.»

Michael O'Leary, le PDG de Ryanair, le 22 janvier 2013 à Rome. - MISTRULLI LUIGI/SIPA


La France est «garante des normes sociales»

C’est ce dernier point qui agace Bruno Le Roux. Le député (PS) de Seine-Saint-Denis rappelle ainsi que la «classe politique française est mobilisée pour garantir un certain nombre de normes» sociales. Un moyen habile de rappeler que Ryanair flirte bien trop souvent avec la ligne rouge.

En octobre 2014, la compagnie a été condamnée, en appel, à 200.000 euros d’amende et à verser 8,1 millions de dommages et intérêts pour ne pas avoir déclaré en France les 127 salariés qu’elle employait sur sa base de Marseille (Bouches-du-Rhône), estimant qu’ils relevaient du droit irlandais. «Ryanair a formé un pourvoi en cassation contre cette décision, indique à 20 Minutes, Claire Hocquet, avocate du Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL). Mais surtout, cette compagnie n’a pas interrompu ses pratiques. Du coup, la justice a dû ouvrir une nouvelle enquête pour les mêmes faits…»

Rattrapée par la patrouille au sujet des aides publiques

Car Ryanair agace, mais Ryanair séduit. Pendant des années, les «petites villes» de province se sont battues pour attirer sur leurs aéroports les avions bleu et jaune qui envoient chaque année 8 millions de Français vers 177 destinations. Certaines n’ont ainsi pas hésité à mettre la main au portefeuille, arrosant Michael O’Leary de subventions publiques.

Là encore, la compagnie irlandaise a été rattrapée par la patrouille. En juillet 2014, la Commission européenne a condamné la compagnie à rembourser près de dix millions d’euros d’aides publiques que des collectivités locales françaises lui avaient versées afin de l’attirer sur leurs aéroports. «C’est facile de vendre des billets d’avion si peu chers lorsque l’on touche autant de subventions publiques, tacle Claire Hocquet. Si on réfléchit, ce sont les contribuables français qui payent une partie de chaque billet!»

Une fois cette décision connue, la France avait officiellement demandé aux aéroports de «diversifier leur modèle de développement», sous-entendant ainsi de ne plus céder aux sirènes de Ryanair. «Ça n’est pas possible, sourit François Collet. La France a autant besoin de Ryanair en termes de développement économique que Ryanair a besoin de la France en termes de clientèle.» D’autant que Michael O’Leary a encore promis de baisser ses tarifs de 10 à 15% en 2016.