Câble: abandon de la méga-fusion entre Comcast et Time Warner Cable

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Une camionnette de Time Warne Cable à New York, le 27 août 2014
Une camionnette de Time Warne Cable à New York, le 27 août 2014 — Spencer Platt GETTY IMAGES NORTH AMERICA

Coup de théâtre dans la recomposition du marché du câble aux Etats-Unis: les poids lourds Comcast et Time Warner Cable (TWC) ont renoncé vendredi à leur projet de mariage, auquel s'opposaient les régulateurs.

«Aujourd'hui, nous passons à autre chose», a annoncé dans un communiqué le PDG de Comcast, Brian Roberts, rappelant que la transaction avait été structurée «de telle sorte que si le gouvernement n'était pas d'accord, nous pouvions nous retirer».

«Nous pensions que nous pouvions faire approuver la transaction, nous pensions que nous avions un bon dossier», a-t-il reconnu sur la chaîne CNBC, dont Comcast est propriétaire via sa filiale de médias NBC Universal. «Le gouvernement a pris sa décision, nous devons le respecter.»

TWC a confirmé que la rupture s'était faite par consentement mutuel.

- Craintes pour la télévision du futur -

Comcast et TWC, respectivement premier et deuxième câblo-opérateurs américains avec 30 millions d'abonnés cumulés, avaient annoncé leurs fiançailles il y a plus d'un an.

Le projet prévoyait le rachat du second par le premier pour quelque 45 milliards de dollars (67 milliards en ajoutant la reprise de dette), mais devait obtenir l'aval du régulateur des télécoms (FCC) et de la division antitrust du département de la Justice (DoJ).

Il était critiqué tant par les associations de consommateurs, inquiets pour leurs factures, que par des services internet comme le site de vidéo en streaming Netflix, qui ont besoin de beaucoup de bande passante et craignaient de se retrouver à la merci du nouveau mastodonte.

Des arguments entendus par le DoJ et la FCC, qui se sont immédiatement félicités vendredi d'une décision «dans le meilleur intérêt des consommateurs».

Le ministre de la Justice, Eric Holder, a évoqué «une victoire non seulement pour le département de la Justice, mais aussi pour les fournisseurs de contenus et les services de streaming».

Comcast serait en effet devenu «un gardien incontournable de l'entrée pour des services en ligne qui reposent sur une connexion à haut débit pour atteindre les consommateurs», a souligné le DoJ.

Le président de la FCC, Tom Wheeler, a rappelé que le nouvel ensemble aurait à la fois eu «le plus d'abonnés au haut débit et à la télévision dans le pays», mais aussi «d'importants intérêts dans la programmation» via NBCUniversal.

«Aujourd'hui, un marché de la vidéo en ligne est en train d'émerger, qui propose de nouveaux modèles d'activité et davantage de choix pour le consommateur. La fusion aurait posé un risque inacceptable pour la concurrence et l'innovation, ainsi que pour la capacité des services de vidéo en ligne à toucher les consommateurs», a estimé M. Wheeler.

- Effet domino -

L'annulation du méga-mariage Comcast-TWC va par ricochet entraîner l'abandon d'une série d'autres transactions et peut-être en déclencher de nouvelles.

Au centre des manoeuvres: l'actuel numéro quatre du marché Charter Communications, qui a pour grand actionnaire la holding Liberty Media du milliardaire John Malone.

Pour tenter d'adoucir les régulateurs, Comcast et TWC avaient prévu de lui rétrocéder plusieurs millions d'abonnés. L'opération, qui aurait hissé Charter au deuxième rang national, a aussi été annulée vendredi.

Désireux de conforter sa position, Charter prévoyait également de racheter son plus petit concurrent Bright House Networks, une opération elle aussi conditionnée au mariage entre Comcast et TWC.

Ces petites transactions restaient toutefois des lots de consolation: Charter avait lui-même courtisé TWC avant qu'il ne cède aux avances de Comcast. Et pour la plupart des analystes, il va désormais repartir à l'attaque.

Les analystes de Canaccord disaient en début de semaine s'attendre à une nouvelle offre «presque immédiatement» après l'annonce de la rupture avec Comcast, jugeant toutefois pas certain que TWC l'accepte.

Fort d'une amélioration de ses performances depuis l'année dernière, TWC a d'ores et déjà commencé à faire monter les enchères, son PDG Robert Marcus affirmant vendredi qu'il était «un actif unique», «solide et devenant plus solide».

La banque Jefferies n'a pour sa part pas exclu un mariage à trois entre TWC, Charter et Bright House, voire une participation indirecte de Comcast qui pourrait en profiter pour «rationaliser sa présence géographique en faisant des échanges d'actifs».