Trading en ligne: Ces investisseurs amateurs qui perdent toutes leurs économies en quelques clics

FINANCE Le bilan 2014 du médiateur de l'Autorité des marchés financiers insiste sur les risques liés à la spéculation financière des particuliers sur Internet...

Laure Cometti

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Le trading spéculatif en ligne pour particuliers est la bête noire du médiateur de l'AMF qui publie son bilan 2014, le 16 avril 2015.
Le trading spéculatif en ligne pour particuliers est la bête noire du médiateur de l'AMF qui publie son bilan 2014, le 16 avril 2015. — OJO Images / Rex Featur/REX/SIPA

En quelques mois, Mme C.*, sans emploi, a perdu toutes ses économies et la garde de ses 3 enfants, confiés à la DASS. Les 30.000 euros issus de la vente de son fonds de commerce, qu'elle pensait faire fructifier sur les conseils d'un prétendu coach financier, se sont volatilisés.

Comme elle, de nombreux particuliers cèdent aux sirènes du trading en ligne qui promet des gains rapides à des investisseurs crédules. L’histoire se termine bien pour Mme C. Elle a récupéré son argent grâce au médiateur de l’Autorité des marchés financiers (AMF) qui publie jeudi son bilan annuel.

Des individus en situation de précarité financière et parfois physique

En 2014, Marielle Cohen-Branche et son équipe de juristes ont reçu 141 dossiers sur le thème du Forex (le marché des devises), un chiffre en hausse de 60% par rapport à 2013. Les données démographiques sur les victimes d'arnaque ne sont pas systématiquement collectées, mais un profil type se dessine à travers l'expérience du médiateur. 

La précarisation financière de la société, conjuguée à la baisse des taux d’intérêt, crée un contexte opportun pour les sociétés de trading spéculatif. Leurs clients sont «des gens vulnérables, dans un état de précarité physique et financière. Ce sont souvent des individus qui restent à leur domicile: retraités, sans emploi ou étudiants», détaille Marielle Cohen-Branche, qui recense des personnes aveugles, d'autres en chaise roulante, et des chômeurs en fin de droit qui misent leurs dernières économies sur ces sites vantant de prétendues opportunités financières.

Des néophytes de la finance

Ces traders amateurs ont peu de connaissances sur les instruments financiers - voire aucune - ni d’expérience en matière d’investissement. Cela fait d’eux des proies faciles pour les sociétés de trading spéculatif, qui les hameçonnent à travers un démarchage agressif.

«Le trading CFD et le marché Forex sont de véritables armes de destructions massives car  ils sont accessibles depuis quelques années à une population qui n’aurait jamais dû avoir accès à ces produits opaques et risqués, derrière lesquels se cachent des prédateurs la plupart du temps basés à l’étranger», martèle Marielle Cohen-Branche.

Le médiateur note également que certaines personnes «ont l’illusion d’être plus malignes que les autres». Or les dés sont pipés. Les chiffres publiés par l’AMF parlent d’eux-mêmes: 9 clients particuliers sur 10 perdent de l’argent sur les sites agréés les plus sérieux. 

Les pertes peuvent être faramineuses. En 2014, le médiateur de l’AMF a négocié des indemnisations s’échelonnant de 218 à 53.000 euros, avec une médiane de 6.080 euros.

«Un engrenage infernal»

«Dès qu’ils cliquent sur une bannière ou répondent à un mail ou un coup de fil, les clients se retrouvent au cœur d’un engrenage infernal. On leur réclame leur numéro de carte bancaire puis on les incite régulièrement à rentrer dans le processus de spéculation».

Des investissements dont les clients ne revoient jamais la couleur. Certaines sociétés profitent alors de leur détresse, se présentant comme des entités de recouvrement agréées par l’AMF pour les aider à récupérer leur argent, moyennant des frais. Le médiateur soupçonne une connivence entre ces sociétés qui s’échangent probablement des listings de clients bernés.

Mieux vaut prévenir que guérir

Depuis 2014, les demandeurs peuvent suivre l’avancée de leur dossier sur le site de l’AMF grâce à un code personnel. «Nous sentons que les gens placent beaucoup d’espoir en nous. Malheureusement, lorsqu’ils ne nous fournissent aucune preuve, nous ne pouvons rien pour eux». 

Il vaut donc mieux prévenir que guérir selon Marielle Cohen-Branche. La recommandation de l'AMF transmise le 8 avril au ministre de l'Economie, pour l'interdiction de la publicité en ligne pour les produits financiers risqués, va dans ce sens.

* L'initiale a été modifiée.