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Renault: conseil extraordinaire après la décision de l'État de monter au capital

Renault: conseil extraordinaire après la décision de l'État de monter au capital

Renault réunissait jeudi un conseil d'administration extraordinaire, après la décision de l’État de monter au capital du constructeur automobile français pour imposer l'application d'une loi anti-spéculateurs.
Le PDG de Renault Carlos Ghosn (g) et le ministre de l'Economie Emmanuel Macron, le 30 septembre 2014 à Sandouville (Haute-Normandie)
Le PDG de Renault Carlos Ghosn (g) et le ministre de l'Economie Emmanuel Macron, le 30 septembre 2014 à Sandouville (Haute-Normandie) - Charly Triballeau AFP
© 2015 AFP

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Renault réunissait jeudi un conseil d'administration extraordinaire, après la décision de l’État de monter au capital du constructeur automobile français pour imposer l'application d'une loi anti-spéculateurs.

«Pour l'instant, il n'y a pas d'ordre du jour réel pour le conseil de ce soir, mais c'est forcément en lien avec ce qui a été mis en place par l’État», a indiqué à l'AFP Richard Gentil, administrateur salarié de Renault et membre de la CGT, évoquant un conseil convoqué à 17H00 par le PDG Carlos Ghosn.

De son côté, le ministre de l’Économie Emmanuel Macron a assuré que M. Ghosn «a la pleine confiance du gouvernement» mais insisté sur la volonté de l’État de «défendre (ses) droits».

L’État a acquis 4,73% supplémentaires du capital du groupe au Losange, opération dont le coût se situe «entre 814 millions d'euros et 1.232 millions d'euros» selon un arrêté de Bercy publié jeudi au journal officiel.

Cette manœuvre portant à 19,7% la part de l’État au sein de l'ex-Régie et censée lui assurer une minorité de blocage à l'assemblée générale des actionnaires doit permettre au gouvernement d'imposer l'application de la loi «Florange», un dispositif visant les spéculateurs et qui garantit des droits de vote doubles aux détenteurs d'actions depuis plus de deux ans.

Il s'agit en résumé de récompenser l'actionnariat à long terme et décourager les spéculateurs. L'État contrôlera du coup 23,2% des droits de vote exerçables dans l'entreprise, ce qui vu la participation habituelle au vote de ses assemblées générales, devrait lui garantir la minorité de blocage nécessaire.

- «Quand l’État est là, l’État pèse» -

Selon Les Échos, qui ont révélé la convocation mercredi soir, la manœuvre du gouvernement pourrait avoir indisposé Nissan, le partenaire japonais de Renault, qui détient environ 15% de son capital mais aucun droit de vote, et le pousser à réclamer une modification de l'alliance. Renault détient quant à lui 44% du capital de Nissan.

Le service de presse de Renault s'est refusé à tout commentaire jeudi. Le quartier général de Nissan au Japon n'a pas été plus loquace.

Pour M. Gentil, «la seule solution pour contrer l’État, c'est d'augmenter le quorum à l'assemblée générale des actionnaires (...) ou éventuellement de réactiver les voix de Nissan au sein de l'assemblée générale».

Selon lui, il faudrait pour cela que Renault passe sous les 40% de participation chez Nissan, une opération possible via une cession d'actions ou une augmentation de capital du constructeur japonais.

«On se doute que le patron (M. Ghosn, NDLR) est en colère, il y a eu main basse de l’État», a commenté le représentant des salariés, tout en affirmant que la CGT n'était «pas dupe» de cette «opération politicienne du gouvernement».

Interrogé par Public Sénat sur la question de savoir s'il avait «un problème avec Carlos Ghosn», M. Macron a répondu: «Pas du tout. Carlos Ghosn a la pleine confiance du gouvernement».

«Sa stratégie, nous la soutenons, nous sommes à ses côtés, simplement le gouvernement a fait voter une loi sur les droits de vote doubles qui existent dans de nombreux pays (...) nous avons simplement décidé de défendre nos droits», a affirmé M. Macron.

«Et pour avoir une minorité qui empêche de vraiment contrevenir à cette loi, nous avons décidé d'acheter quelques actions qui seront revendues dès après l'Assemblée générale» du 30 avril, a-t-il conclu.

Firme nationalisée à la Libération, Renault est devenue une société anonyme au début des années 1990 et l’État s'en est progressivement désengagé.

Plus tôt jeudi sur France Inter, le ministre des Finances Michel Sapin avait de son côté assuré que l’État «n'a absolument pas, ni le pouvoir ni la volonté de prendre le pouvoir» chez Renault. «Je suis de ceux qui considèrent que les entreprises privées, même quand l’État est présent, doivent être gérées comme toutes les entreprises. Mais quand l’État est là, l’État pèse.», a-t-il dit.

Le cours du titre Renault à la bourse de Paris n'a pas souffert de cette controverse, progressant de plus de 3% jeudi en fin de séance, dans un marché en baisse de 0,57%.

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