Gaspillage alimentaire: «Le mieux est parfois l'ennemi du bien» selon les distributeurs

ALIMENTATION Si les enseignes de distribution saluent un rapport plein de «bon sens», certaines mesures leur semblent inapplicables faute de moyens...

L.C.
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Illustration d'un supermarché.
Illustration d'un supermarché. — PRM/SIPA

La chasse au gaspi est lancée depuis mardi, date à laquelle l’ancien ministre de l’agroalimentaire a remis au gouvernement son rapport de préconisations pour lutter contre le gaspillage alimentaire, qui représente chaque année en France 7 millions de tonnes de déchets jetés tout au long de la chaîne alimentaire.

Des bonnes pratiques qui existent déjà

Les géants de la distribution, situés à l’extrémité de cette chaîne, sont au cœur du rapport qui prévoit notamment de leur interdire de jeter de la nourriture. «On ne peut qu’approuver ces principes qui vont dans le bon sens», affirme Thierry Desouches, porte-parole du groupe Système U.

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La plupart des grandes surfaces retirent de leurs rayons les produits alimentaires dont la date limite de consommation approche pour en faire don à des associations. En 2014, Carrefour a ainsi donné l’équivalent de 76 millions de repas. Une défiscalisation à hauteur de 60% encourage déjà les distributeurs à mettre en place ces pratiques.

Un manque de moyens sur le terrain

Ce système vertueux a une limite, celle des moyens logistiques dont disposent les banques alimentaires et les organismes humanitaires pour collecter, trier, et distribuer ces produits. Cette chaîne solidaire exige de mobiliser des bénévoles, des camions frigorifiques et des chambres froides pour stocker les produits frais.

Or ces moyens font déjà défaut, et ne seront donc pas suffisants en cas d’augmentation des volumes de don selon Jacques Bailet, président de la Fédération française des Banques Alimentaires, qui déclarait mardi à l’antenne de RTL: «On manque de bras!»

Ces lacunes se font particulièrement sentir pour les magasins situés dans des zones moins densément peuplées, insiste Thierry Desouches, pour qui le rapport va nécessairement «se heurter à la réalité du terrain». «Le mieux est l'ennemi du bien», conclut-il.

Chez Auchan, on rappelle que les 119 hypermarchés de l’enseigne ont distribué l’équivalent de 11,2 millions de repas. Les invendus, qui représentent environ 3% des produits mis en rayon, sont donnés à des associations locales ou valorisés à travers la méthanisation ou le compostage: «On ne jette pratiquement rien», martèle François Cathalifaud, responsable des relations presse. Selon les chiffres de la Fédération des banques alimentaires, 31,3% des dons reçus en 2013 provenaient de moyennes et grandes surfaces.

Interdiction de «javelliser»

Le rapport de Guillaume Garot veut également mettre au ban les enseignes qui javellisent leurs invendus pour les rendre impropres à la consommation. Une pratique interdite au sein de l’enseigne Carrefour, affirmait Sandrine Mercier, directrice du développement durable de Carrefour France sur RTL.

Chez Système U, on déplore l’interdiction d’une pratique certes répréhensible, mais par ailleurs recommandée par la direction générale de la consommation, de la concurrence et de la répression des fraudes (DGCCRF). Les produits soumis à une date limite de consommation (produits frais, charcuterie, viande, poisson) doivent être détruits dès lors qu’ils sont périmés afin d’éviter des intoxications et donc l’engagement de la responsabilité du distributeur devant les tribunaux.