Pourquoi le paiement sans contact fait peur (et pourquoi vous n’aurez bientôt plus le choix)

TECHNOLOGIE Les promoteurs du système de paiement par carte bancaire sans code ont fait le bilan à Bercy ce vendredi...

Nicolas Beunaiche

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Illustration carte bancaire.
Illustration carte bancaire. — POUZET/SIPA

«La révolution est en marche et rien ne l’arrêtera.» Réunis ce vendredi à Bercy autour d’Axelle Lemaire, secrétaire d’Etat chargée du numérique, les acteurs du paiement sans contact n’ont pas manqué de formules chocs pour louer cette technologie qui gagne du terrain. Ils n’ont pas non plus rechigné sur les chiffres. Les plus impressionnants: le nombre de cartes bancaires en circulation permettant de régler ses achats de moins de 20 euros sans taper son code a augmenté de près de 60% entre 2013 et 2014, près de la moitié des cartes actuellement en circulation sont sans contact, et 70 millions de transactions ont été enregistrées via ce mode de paiement depuis début 2014.

La sécurité en question

Il en faudra toutefois plus pour convaincre l’ensemble des Français d’adopter ce paiement dont les avantages, la simplicité et la rapidité, sont pourtant connus. Car la technologie n’a pas toujours bonne presse. Ces dernières années, des vidéos ont été postées démontrant la facilité avec laquelle des hackers pouvaient récupérer une partie des données de cartes bancaires. Des experts de la cybersécurité ont aussi pointé des failles, dans lesquelles des développeurs se sont engouffrés pour créer des applications aspirant la série de chiffres sur la carte. Pas très rassurant.

En mars, l’UFC-Que choisir a de nouveau attaqué ce mode de paiement en pointant du doigt le fait qu’en cas de vol, «il devient plus facile d’effectuer des paiements et retraits», et en enfonçant le clou sur le thème des failles sécuritaires. L’association de consommateurs regrettait alors notamment le choix fait par les banques de ne pas chiffrer les données échangées entre la carte et le terminal. «C’est paradoxal: les cartes bancaires qui possèdent le dispositif NFC sont moins protégées qu’une carte permettant de prendre le métro», expliquait ainsi un consultant en sécurité cité par l’UFC-Que choisir.

«Plus facile de voler un portefeuille»

Tous les acteurs publics et privés, d’Axelle Lemaire aux entreprises en passant par les collectivités qui ont adopté le système, l’assurent pourtant: le paiement sans contact est totalement sécurisé et aucune fraude n’a été constatée. «Il est beaucoup plus facile de voler un portefeuille», avance Olivier Piou, directeur général de Gemalto, le leader mondial de la sécurité numérique. Sans parler des chèques, ajoute la secrétaire d’Etat chargée du numérique.

Quant aux fameux outils magiques permettant de capturer les données des cartes, ce ne sont que des «rumeurs», affirment-ils tous en chœur. «Nous les avons testés et ils ne sont pas du tout efficaces, balaie Bruno De Laage, président du conseil de direction du GIE Cartes bancaires. Ils ne permettent même pas de récupérer le cryptogramme visuel, indispensable pour régler des achats en ligne en France.» Restent donc certains sites à l’étranger. Mais même ceux-là ont mis en place des mécanismes anti-fraude, rétorquent les promoteurs du système. Et si jamais un cas de fraude devait vraiment être relevé, les banques rembourseraient automatiquement, ajoutent-ils.

Contre-révolutionnaires

Malgré les doutes, les autorités ont décidé d’aller vite. Si le paiement sans contact reste encore peu utilisé (seuls 15% des Français y ont eu recours, selon un sondage récent), ses promoteurs avancent que toutes les cartes bancaires seront dotées de cette technologie à la fin 2016. «A l’horizon 2020, on peut aussi penser que tous les terminaux dans les commerces seront sans contact [contre 20% aujourd’hui]», ajoute Philippe Joguet, directeur du pôle développement durable de la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution. En clair, demain.

Et tant pis pour les réfractaires. Dans son attaque contre le paiement sans contact, l’UFC-Que choisir expliquait ainsi que les banques, dans leur très grande majorité, imposent la technologie à leurs clients, sans leur demander leur accord. Ceux qui manifestent leur opposition, précisait l’association, rencontrent de grandes difficultés pour obtenir une carte classique. Le message est décidément clair: la révolution est en marche et rien ne l’arrêtera.