Renault: L’Etat achète des actions pour contrer certains investisseurs avant l'assemblée générale

CAPITAL Le gouvernement annonce l'acquisition d'un maximum de 14 millions de titres, soit environ 4,73% du capital...

Céline Boff

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L'Etat va monter à 20% dans le capital du constructeur Renault
L'Etat va monter à 20% dans le capital du constructeur Renault — Philippe Huguen AFP

Une guerre… boursière. Ce mercredi, Emmanuel Macron et Michel Sapin, les ministres de l’Economie et des Finances, ont annoncé avoir acheté 14 millions de titres Renault, soit environ 4,73% du capital. Plus précisément, l’Etat a déjà acquis 9,56 millions de titres et se réserve la possibilité d’en acheter encore 4,44 millions, pour un montant fixé «entre 814 millions d'euros et 1.232 millions d'euros».

Pourquoi ce soudain intérêt de l’Etat pour la marque au losange? Parce qu’une assemblée générale approche: le 30 avril, Renault réunira ses actionnaires pour qu’ils se prononcent pour ou contre l’introduction des «droits de vote doubles», une mesure directement issue de la loi Florange.

«C’est une manière efficace d’inciter les investisseurs à conserver leurs actions»

Concrètement, la loi prévoit que sauf décision contraire des assemblées générales, les actionnaires qui conservent leurs titres pendant au moins deux ans sont récompensés par l’octroi de droits de vote doubles: au bout de deux ans, chaque action qu’ils détiennent leur donne deux voix lors des Assemblées générales.

«C’est une manière efficace d’inciter les investisseurs à conserver leurs actions, et donc à mieux concourir au développement de l’entreprise, en renforçant l’influence des actionnaires de long terme, y compris les actionnaires salariés», estime le gouvernement.

Pas question donc pour lui de voir les actionnaires de Renault voter contre l’instauration de cette mesure. En grimpant à presque 20% du capital et au vu de l'actionnariat très éclaté de Renault, le ministère de l'Economie renforce sa position et devrait pouvoir faire passer les droits de vote doubles lors de l’assemblée générale.

L'Etat s'est ménagé une porte de sortie

Les droits de vote doubles ne font pas l'unanimité auprès des investisseurs, notamment de certains fonds attachés au principe antérieur «une action, une voix». Le communiqué de Bercy souligne toutefois qu'ils «sont d'ores et déjà aujourd'hui une réalité dans plus de la moitié des entreprises du CAC 40».

«Cette opération démontre la volonté et la capacité de l’Etat à utiliser toutes les armes aujourd’hui à disposition des investisseurs, mais pour promouvoir un capitalisme de progrès, de long terme, au service des salariés et du développement des entreprises», estime Emmanuel Macron.

L'Etat s'est ménagé une porte de sortie après cet acte d'autorité chez Renault, qui «ne préfigure en aucun cas un mouvement durable à la hausse ou à la baisse sur sa participation au capital de l'entreprise», selon le communiqué. Il a en effet protégé sa manœuvre par des options de vente «à prix fixe», d'une durée de six mois, qui lui permettront s'il le souhaite de revendre ces 14 millions de titres nouvellement acquis sans dommage financier lié à des fluctuations boursières.