Consommation collaborative: Les Français sautent le pas avant tout pour gagner de l'argent

TENDANCE Réaliser des économies ou arrondir ses fins de mois est le principal avantage perçu de l'économie collaborative, révèle une enquête dévoilée en exclusivité par «20 Minutes»...

Céline Boff

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Illustration covoiturage.
Illustration covoiturage. — JS EVRARD/SIPA

Louer, prêter, donner, acheter à plusieurs… Mais seulement entre particuliers! Ces pratiques collaboratives ne cessent de se développer. L’idée n’est pas nouvelle, comme le remarque la journaliste et économiste Anne-Sophie Novel, auteur de l’ouvrage La vie share: «La revente, le troc ou le don existent depuis la nuit des temps, sauf que le numérique modifie l’ampleur de ces mouvements».

En permettant à «des milliers, voire des millions d’individus aux intérêts convergents» d’entrer en relation, Internet offre aux citoyens la chance «de se passer des intermédiaires traditionnels», note le Crédoc, un centre spécialisé dans l’observation des conditions de vie. Il vient de réaliser une étude (1) sur ce sujet, dont 20 Minutes s’est procuré les conclusions en exclusivité.

Résultat: «Sous le vernis participatif, les consommateurs sont, en réalité, surtout animés par des motivations mercantiles», souligne Régis Bigot, directeur général du Crédoc. Et oui, «faire des économies ou gagner de l’argent» est le principal avantage perçu par les Français, il est cité par 67% des citoyens, loin devant «rencontrer des gens» (47%), «protéger l’environnement» (30%), «contribuer à rendre la société meilleure» (25%) ou encore «agir au niveau local» (15%).

Une contrainte sur le pouvoir d'achat

Ce résultat ne surprend pas le Crédoc, dans la mesure «où seulement 4% de la population considèrent que leur niveau de vie s’est amélioré au cours des dix dernières années, une impression fondée sur une réalité puisqu’en 2014, le pouvoir d’achat par ménage n’est pas plus élevé qu’il ne l’était en 2002».

Et comme «près des deux tiers des consommateurs déclarent, plus qu’avant, s’imposer régulièrement des restrictions», ils sont donc de plus en plus fortement tentés par «l’achat malin», explique Régis Bigot. D’après une étude réalisée en 2012 par l’Obsoco, l’Observatoire des consommations émergentes, plus d’un Français sur deux est «significativement» engagé dans des pratiques de consommation collaborative. 

«Les citoyens cherchent à acheter moins cher et se demandent aussi ce qu’ils pourraient louer ou vendre. Tant et si bien que de plus en plus de consommateurs, au moment même où ils achètent un produit neuf, se posent déjà la question de savoir s’ils auront la possibilité de le revendre d’occasion par la suite: 30% en 2011, contre 12% en 2009», avance le Crédoc.

«On trouve toujours une personne disposée à rendre service gratuitement»

Mais les Français ne sont pas seulement mus par le gain économique. Ils apprécient également le fait de participer, par leurs pratiques collaboratives, à la préservation de l’environnement. «Le désir de tisser des liens fondés sur le partage, le don et la confiance», mais aussi «l’espoir de voir émerger une société où chaque individu serait davantage pris en considération» ne les laissent pas non plus insensibles, assure Régis Bigot.

Le Crédoc remarque d’ailleurs que «de nombreuses initiatives sont totalement dénuées d’intentions mercantiles», comme ces personnes qui contribuent gratuitement «à divers logiciels ou encyclopédies libres, à des forums de discussion ou des plateformes d’entraide».

«En cherchant bien, on trouve toujours, quelque part, une personne qui sera disposée à rendre service gratuitement et à faire part de ses lumières», ajoute le Crédoc, qui insiste sur le fait que «parmi les dix sites internet les plus consultés en France, on compte seulement deux plateformes marchandes (selon Médiamétrie, elles accueillent à elles deux 35 millions de visiteurs uniques par mois), mais trois réseaux sociaux (65 millions de visiteurs uniques) et une encyclopédie libre et collaborative (22 millions)».

(1) Les données sont tirées d’entretiens réalisés en face-à-face deux fois par an auprès de 2.000 personnes sélectionnées selon la méthode des quotas.

Les Français, ces méfiants

D’après le Crédoc, seuls 40% des citoyens déclarent avoir confiance dans les avis, notes, évaluations et commentaires émis par leurs pairs sur internet. Lorsqu’ils sont interrogés sur les inconvénients des pratiques collaboratives, les sondés citent avant tout le fait que «l’on ne sait pas toujours à qui l’on a affaire», bien avant les contraintes de temps et d’organisation. «Cette défiance des Français n’est pas nouvelle: dans plusieurs enquêtes internationales, ils apparaissent souvent plus méfiants que les autres en matière d’Internet ou vis-à-vis d’autrui d’une manière générale, ce qui pourrait être un frein au développement de l'économie collaborative», précise Régis Bigot, directeur général du Crédoc.