Les patrons vont-ils faire «foirer» la reprise?

PREVISION La conjoncture s'améliore, mais les entreprises n'investissent toujours pas...

Céline Boff

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Photo d'illustration Medef.
Photo d'illustration Medef. — Jacques Demarthon AFP

Il a tout misé sur elles. Depuis l’arrivée de François Hollande à l’Elysée, le gouvernement socialiste a multiplié les réformes pour soutenir les entreprises, en diminuant leurs cotisations sociales et leurs impôts, en facilitant leurs licenciements collectifs, en acceptant leurs revendications sur la taxation des revenus du capital ou sur la pénibilité au travail.

Il est même allé jusqu’à déclarer à plusieurs reprises «son amour» aux entrepreneurs. Parce qu’il en est convaincu: ces derniers sont les seuls à pouvoir terrasser une bonne fois pour toute la crise qui paralyse le pays depuis 2008. Bref, les seuls capables de recréer de la richesse et de l’emploi. Aujourd’hui plus que jamais.

Car, maintenant, tout va bien. Ou mieux en tout cas. Grâce à la chute des prix du pétrole, l’inflation faible et la revalorisation des salaires, les ménages continuent de consommer et vont encore intensifier leurs dépenses, qui devraient progresser de +1,5% sur un an à mi-2015, prévoit l’Insee. Et puis, la croissance semble enfin redécoller. «Une croissance de 1%, ce sera le minimum en 2015», assure le ministre des Finances Michel Sapin.

Des patrons «attentistes»

Tout va mieux aussi pour les entreprises. Grâce à la baisse de la valeur de l’euro, elles exportent davantage –la demande extérieure s’est déjà accrue de 0,8% au premier trimestre 2015 et elle devrait encore progresser de 1,1% au deuxième trimestre, assure l’Insee. Enfin, grâce au Pacte de compétitivité et au Crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE), les entreprises retrouvent des niveaux de marges équivalents à ceux de 2011…

Alors, youpi? Eh ben non. Parce que les entreprises n’investissent toujours pas. Pas par manque de financement. Les banques regorgent d’argent à prêter et les taux sont au plus bas. Ni par manque de commandes: «Les perspectives de demande interne et externe sont désormais plus favorables», assure l’Insee. Et pourtant, «les enquêtes de conjoncture indiquent que les chefs d’entreprises resteraient encore attentistes et ne seraient guère enclins à accélérer franchement leur investissement», poursuit l’institut.

Comment convaincre les patrons d’investir? C’est le nouveau casse-tête du gouvernement. Qui cherche d’abord à les rassurer: «Il faut que le monde économique soit certain que le cap fixé sera maintenu», martèle Michel Sapin. Autrement dit, les baisses de cotisations et d’impôts se poursuivront bien en 2016 et en 2017, comme prévu. Ensuite, en proposant de nouvelles mesures pour les inciter à investir.

De nouvelles mesures pour les entreprises

Le gouvernement les présentera mercredi en Conseil des ministres, mais François Hollande en a déjà dévoilé certaines ce vendredi. Comme la création d’un «dispositif fiscal exceptionnel» qui sera accordé à «toutes les entreprises qui décideront d'accélérer leurs projets». Le chef de l’Etat assure également que les «prêts de développements» de la Banque publique d'investissement (BPI) en faveur des entreprises vont être «portés jusqu'à 8 milliards d'euros». Enfin, un fonds de 500 millions d’euros, alimenté par les assureurs, sera opérationnel «dès le mois prochain» afin d’investir dans le capital des entreprises.

Ces mesures inciteront-elles les patrons à accélérer leurs investissements? L’économiste Denis Ferrand, directeur général de Coe-Rexecode, en doute: «Il s’agit de mécanismes pour financer l’investissement, mais le problème en France est surtout que les investissements offrent une faible rentabilité.»

Sans compter que «les taux de marges remontent seulement pour les entreprises de l'industrie et des transports et que le montant des marges restent toujours inférieur à celui d’avant la crise: 318,7 milliards d’euros en 2014, contre 338,4 milliards en 2008». Malgré tout, Coe-Rexecode s’attend à ce que l’investissement progresse cette année, de 1,1%, avant de bondir en 2016, à 3,5%. C’est ce qui permettra de transformer «le rebond actuel en véritable reprise», conclut Denis Ferrand.