France: pour l'OCDE, pas de retour de la croissance sans réformes

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Le siège de l'OCDE à Paris, le 29 mai 2013
Le siège de l'OCDE à Paris, le 29 mai 2013 — Eric Piermont AFP

L'OCDE a prévenu jeudi que restaurer la croissance en France serait «délicat» et ne se ferait qu'au prix de réformes, un avis de nature à refroidir les ardeurs du gouvernement qui célèbre déjà la reprise.

«La part des dépenses publiques dans le Produit intérieur brut (PIB) doit inévitablement être réduite» et le marché du travail «doit être la réforme structurelle prioritaire» pour corriger un «important problème de compétitivité» de la France, estime l'Organisation de coopération et de développement économique dans une étude publiée jeudi.

L'OCDE, qui procède à ce type d'examens approfondis tous les deux ans, évalue la croissance de la France à 1,1% cette année, puis 1,7% en 2016.

Elle prévient que «les perspectives économiques sont encore trop fragiles pour permettre d'envisager une baisse significative du taux de chômage».

«La performance économique de la France n'est pas à la hauteur de son potentiel», a estimé lors d'un point presse le secrétaire général de l'OCDE Angel Gurria, jugeant que «la dynamique de réformes (devait) être accélérée», mais reconnaissant qu'il s'agissait d'une tâche «politiquement éprouvante».

L'OCDE calme donc les espoirs du Premier ministre Manuel Valls, qui a dit «espérer» dès cette année une croissance de 1,5%, le niveau jugé nécessaire pour faire refluer le chômage.

Plus prudent, le ministre des Finances Michel Sapin juge que la prévision de croissance officielle de 1% cette année est «un minimum», mais refuse dans l'immédiat de la modifier formellement.

Aux côtés de M. Gurria, il a indiqué jeudi que le rapport de l'OCDE était un «encouragement précieux» à «garder le cap» des réformes, alors qu'une partie de la gauche critique sévèrement la politique économique du gouvernement, après la débâcle de la majorité aux départementales.

«La reprise, pour devenir durable et solide, nécessite de la confiance et la confiance est le produit de la constance», a dit le ministre.

- Diminuer «les coûts de main d'oeuvre» -

L'OCDE, organisation regroupant 34 Etats auxquels elle délivre régulièrement des conseils sur des sujets divers, juge que les réformes déjà engagées sont «dignes d'éloges» mais que leur impact demeure «limité».

Elle recommande à la France de s'attaquer au «dualisme» du marché du travail, partagé entre CDI (contrats à durée indéterminée) et CDD (contrats à durée déterminée). Pour l'OCDE, il faudrait «simplifier et raccourcir les procédures de licenciement» tout en assurant «une bonne protection des revenus entre deux emplois».

Une piste à explorer selon elle: le contrat de travail unique, une réforme qui a les faveurs du patronat et d'un certain nombre d'économistes libéraux.

La piste d'une grande réforme du CDI, une perspective à laquelle les syndicats sont franchement hostiles, est récemment revenue sur le tapis en France.

Ces recommandations ne devraient pas passer inaperçues, alors que le flou demeure sur les intentions du gouvernement en la matière.

L'OCDE appelle également à diminuer les «coûts de main d'oeuvre prélevés sous forme d'impôts et de cotisations sociales», ainsi qu'à éviter les «augmentations discrétionnaires du salaire minimum».

L'organisation, qui siège dans un quartier huppé de Paris, est également favorable à une réforme de l'assurance-chômage, à la fois dans la durée des allocations et dans leur «conditionnalité à la recherche active d'un emploi ou d'une formation».

Sur ce point, M. Sapin a rappelé que toute réforme était entre les mains des partenaires sociaux.

L'OCDE réclame aussi des progrès dans le domaine de la formation continue comme de l'apprentissage.

Le «club des pays riches», né à l'époque de la guerre froide, plaide aussi pour une «réduction plus ambitieuse (...) à moyen terme» des dépenses publiques. L'OCDE juge que le niveau de la dette publique française, en pourcentage du PIB, qui s'approche de 100%, n'est «pas encore stabilisé».