Imbroglio autour de l'annonce prématurée par Hollande de la création d'un centre d'appel

© 2015 AFP

— 

Francois Hollande lors d'une visite à l'usine PSA Peugeot Citroën à Metz le 27 mars 2015
Francois Hollande lors d'une visite à l'usine PSA Peugeot Citroën à Metz le 27 mars 2015 — VINCENT KESSLER Pool

L'annonce vendredi par François Hollande de la création d'une plateforme téléphonique à Metz, avant la clôture de l'appel d'offres, a créé un imbroglio: l'avocat d'une société impliquée dans le dossier a dénoncé mercredi «une anomalie» et envisage un recours.

Selon Me Louis Gauthier, avocat d'une des sociétés ayant participé à l'appel d'offres mais qui ne souhaite pas être nommée, il y a «un faisceau de présomptions très troublant d'une anomalie» dans la procédure de ce marché public.

En effet, le chef de l'Etat avait annoncé dès vendredi, lors d'un déplacement à l'usine PSA de Trémery (Moselle), la création de «100 à 150 emplois» sur une «plateforme» que Pôle Emploi mettrait en place dans la banlieue de Metz sur le site d'Ecomouv', la société vouée à disparaître après l'abandon par le gouvernement de l'écotaxe, qu'elle devait initialement collecter.

Dans la foulée, plusieurs élus avaient aussitôt révélé aux médias le nom de la société supposée avoir été retenue pour opérer cette plateforme: Arvato.

Or ces annonces étaient antérieures «à l'annonce de la décision, et même antérieures à l'expiration du dépôt des offres», prévue pour le 30 mars à midi, a relevé l'avocat.

Un recours contre cet appel d'offres «est à l'étude» a précisé Me Louis Gauthier. «Mais c'est une décision qui n'est pas aisée» à prendre, étant donné que ses clients «visent essentiellement des marchés publics».

Interrogé par la presse, le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, a affirmé ne pas disposer du «détail» de cette affaire, dont il a déclaré avoir pris connaissance après avoir «regardé ce (jeudi) matin la presse», ignorant également si l'Elysée s'était «enquis de cette situation».

«On regardera ça pour vérifier ce qui se passe exactement, quelles sont les conséquences», a-t-il ajouté, soulignant que «l'idée du président de la République n'était pas (...) de savoir s'il y avait un appel d'offres et s'il était terminé» mais «au contraire, d'offrir une perspective d'emploi pour les salariés d'Ecomouv'».

«C'est ça le sujet». L'entreprise qui sera retenue, «c'est un autre sujet», a insisté Stéphane Le Foll.

Selon une source proche du dossier, si le nom d'Arvato a circulé dès vendredi, c'est parce que l'implantation de la future plateforme sur le site d'Ecomouv' ne figurait pas au cahier des charges et qu'Arvato était le «seul candidat» qui avait proposé de s'y installer.

Les élus locaux «n'ont pas douté deux minutes» que le président puisse faire une telle annonce «alors que l'appel d'offres n'était pas terminé», a justifié mercredi à l'AFP une source proche de la communauté d'agglomération de Metz Métropole.

«C'est pour ça que, dans leur esprit, après les déclarations de M. Hollande, c'était clair» qu'Arvato avait remporté l'appel d'offres, a ajouté cette source.

Selon le site En-contact.com, le magazine professionnel des centres d'appel qui a révélé l'affaire, plusieurs grands groupes opérateurs de centres d'appels sont «étonnés» des déclarations du chef de l'Etat et dénoncent un «cas de favoritisme».