«On peut s'attendre à une augmentation de la collecte d'épargne»

FIN DU MONOPOLE DU LIVRET A Axel Pierron, spécialiste de l'industrie financière, revient sur la décision de la Commission Européenne...

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Ne ménageant aucun répit au président élu Nicolas Sarkozy, la Commission européenne exigera jeudi de la France qu'elle autorise tous les réseaux bancaires à distribuer les Livrets A et Bleu, deux produits d'épargne détenus par 50 millions de Français.
Ne ménageant aucun répit au président élu Nicolas Sarkozy, la Commission européenne exigera jeudi de la France qu'elle autorise tous les réseaux bancaires à distribuer les Livrets A et Bleu, deux produits d'épargne détenus par 50 millions de Français. — Mychele Daniau AFP/Archives
Axel Pierron est analyste économique du cabinet d'étude Celent, spécialiste de l'industrie financière.

La commission européenne remet-elle en cause le financement des logements sociaux par l'épargne collectée via le livret A ?

Non, elle exige simplement qu'il n'y ait pas de monopole de distribution de ce produit d'épargne. Par ce monopole, l'état crée artificiellement un avantage concurrentiel pour les banques qu'il détient. Il est tout a fait logique que la commission européenne s'attaque à cette distorsion de concurrence.

La fin du monopole de distribution du Livret A va-t-il remettre en cause le financement de la construction de logements sociaux ?

C'est peu probable, on peut même logiquement s'attendre à une augmentation de la collecte d'épargne. Aujourd'hui, les banques commerciales dissuadent leurs clients d'ouvrir un Livret A et les orientent vers d'autres produits d'épargne (fonds communs de placement, etc) car elles ne souhaitent pas prendre le risque de perdre leur relation commerciale au profit de leurs concurrents du secteur public ou semi-public. La fin du monopole de distribution peut être l'occasion pour ces banques de réaliser une forte collecte d'épargne auprès de leurs clients.

Pourquoi l'Etat fait-il appel de la décision de Bruxelles?
L'Etat est juge et partie dans cette affaire. Il ne faut pas oublier que l'Etat détient deux des trois banques qui ont pour l'instant le monopole de distribution du livret A et a des liens très forts avec la troisième. Or le livret A est un formidable produit d'appel : ce monopole de distribution leur permet d'attirer des clients d'autre banques commerciales qui ne peuvent proposer ce produit (c'est particulièrement vrai pour les très jeunes clients qui se voient ouvrir un livret A par leur famille en prévision du financement de leurs études supérieures).

On peut se demander si en faisant appel, l'Etat ne cherche pas à protéger la valeur de ses banques dans l'optique d'une possible revente ultérieure au privé, notamment pour la banque postale. Contrairement à ce que j'ai pu lire, si la fin du monopole est acté, le Livret A ne deviendra pas le produit d'appel des banques commerciales, car il n'y aura pas d'avantage concurrentiel, mais il cessera de l'être pour les banques d'états. Pour résumer, avec la fin du monopole de distribution, ce n'est pas la collecte d'épargne pour le financement de logements sociaux qui va diminuer mais probablement le nombre de clients de trois banques jouissant du monopole de distribution.

La fin du monopole va-t-il remettre en cause le modèle économique du livret A?
Le livret A est un produit de masse (faibles marges, volume élevé), il est donc très probable que la gestion du produit reste au sein des organismes existants. Aujourd'hui, c'est une pratique courante dans les banques de vendre des produits fabriqués et gérés par des tiers. A titre d'exemple, aujourd'hui la majorité des crédits immobiliers distribués sont gérés par l'UCB, une filiale de BNP Paribas, notamment ceux vendus par la Société Générale. Le livret A est typiquement le type de produit financier qu'une banque se doit de distribuer mais sur lequel elle n'a aucun moyen de créer un avantage concurrentiel et donc où elle a tout intérêt de coopérer avec ces concurrents.