Sapin, VRP de la France, dans les «petits» pays de la zone euro

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Le ministre français des Finances Michel Sapin, le 19 mars 2015 à l'Elysée à Paris
Le ministre français des Finances Michel Sapin, le 19 mars 2015 à l'Elysée à Paris — Patrick Kovarik AFP

«Il n'y a pas de grands et de petits pays.» Le ministre des Finances profite de sa tournée des «petits» pays de la zone euro pour justifier l'indiscipline budgétaire de la France auprès d'économies qui se sont souvent réformées à marche forcée.

«Je salue les efforts considérables qui ont pu être faits par un certain nombre de pays pour entrer dans l'euro ou pour traverser les crises», avait déclaré M. Sapin, interpellé par la presse slovaque le 27 février, au début de cette tournée qui l'a mené dans six pays.

Slovaquie, Autriche, Slovénie fin février, puis les trois pays baltes jeudi et vendredi: où qu'il passe, le ministre français est interrogé sur le déficit, toujours hors des clous européens, de la France et sur l'indulgence de Bruxelles à son égard.

Ces six «petits» pays, traditionnellement proches de Berlin, sont considérés dans la zone euro comme partisans de la ligne dure, ne mâchant pas leurs mots sur la dette grecque et volontiers ironiques sur une France qui ne saurait pas se réformer.

«Il existe des clichés, des idées reçues sur la France, qui ne sont pas toujours complètement faux. Venir leur parler directement chez eux, ça aide à leur faire comprendre», a expliqué M. Sapin à l'AFP.

A Bratislava, qui a fait de très douloureuses réformes structurelles notamment après la crise de 2008 et où le salaire minimum est aujourd'hui encore inférieur à celui de la Grèce, il tente: «être un plus grand pays n'est pas forcément une facilité ou un avantage» quand il s'agit de réformes de structure.

Jeudi à Tallinn, qui applique depuis longtemps une politique d'austérité très rigoureuse, il rappelle au détour d'une phrase que «la France, c'est 21% du produit intérieur brut de la zone euro», quand le plus grand pays balte, la Lituanie, représente moins de 2% du PIB français, et les autres moins de 1%.

- 'Chaque voix compte' -

Mais son argument préféré, répété conférence de presse après conférence de presse, est que «quand la croissance est trop faible en France, c'est mauvais pour la France et mauvais pour la zone euro».

Son plaidoyer emporte plus ou moins l'adhésion. En Autriche, le ministre des Finances conservateur Hans Jörg Schelling, s'est gardé de commenter publiquement la situation budgétaire française, mettant en avant ses échanges avec M. Sapin sur la mise en place d'une taxe européenne sur les transactions financières.

Le social-démocrate Peter Kazimir, ministre slovaque des Finances, s'est lui davantage mouillé. Devant la presse, il a rappelé que «la France est la deuxième économie européenne». «Elle était là au berceau de la monnaie unique, c'est une responsabilité, un fardeau politique et historique, certes elle utilise des dérogations mais cela veut dire encore plus de responsabilités: il faut croiser les doigts pour la France.»

Même son de cloche en Lituanie, où le PIB a chuté de 15% sous l'effet de la crise, mais qui connaît aujourd'hui un croissance supérieure à 2%. «Je ne souhaite pas juger si les réformes françaises sont suffisantes ou pas, je constate les efforts qui sont faits», a dit à l'AFP Rimantas Sadzius, ministre des Finances, également social-démocrate. «Les rencontres bilatérales sont très importantes pour mieux se comprendre», a-t-il ajouté.

Pour faire passer son message, M. Sapin prend aussi la peine à chaque étape de rencontrer le gouverneur de la banque centrale du pays. «Ce sont de petits pays en territoire ou en population, mais autour de la table, chaque voix compte», se plaît-il à dire à propos notamment du directoire de la Banque centrale européenne (BCE).

Expliquer à des banquiers centraux plutôt circonspects la méthode de la France, «ça peut faire bouger la vision collective qu'ils ont de la France». Et, de ce point de vue, l'annonce jeudi d'un déficit public français finalement inférieur aux prévisions pour 2014 (4% au lieu de 4,4% attendus) a été du meilleur effet dans les pays baltes.