Crash A320: des compagnies imposent deux personnes dans le cockpit

© 2015 AFP

— 

Des proches des victimes de l'A320 de Germanwings au Vernet le 26 mars 2015
Des proches des victimes de l'A320 de Germanwings au Vernet le 26 mars 2015 — Pascal Guyot AFP

L'acte du copilote de l'A320 de Germanwings, qui a empêché le commandant de bord de regagner les commandes avant le crash, a conduit dès jeudi un pays, le Canada, et plusieurs compagnies aériennes européennes à imposer la présence de deux membres de l'équipage dans la cabine de pilotage tout au long du vol.

La mesure concernant l'ensemble des compagnies canadiennes entre en vigueur «immédiatement», a annoncé à Ottawa la ministre des Transports, Lisa Raitt, quelques heures après qu'Air Transat et Air Canada ont décidé d'agir volontairement en ce sens.

La low cost britannique EasyJet, qui a transporté l'an dernier près de 65 millions de passagers en Europe, est toutefois pour le moment la plus importante compagnie aérienne à avoir sauté le pas. Elle a annoncé l'entrée en vigueur dès vendredi de cette mesure, en concertation avec l'aviation civile du Royaume Uni.

«La sûreté et la sécurité de ses passagers et de ses équipages constituent la première priorité», a-t-elle souligné.

Outre la Canadienne Air Transat, la Norvégienne Norwegian Air Shuttle et l'Islandaise Icelandair l'avaient précédée peu après les révélations de la justice française sur le déroulement de la catastrophe qui a fait 150 morts dans les Alpes françaises mardi.

«On discute de cela depuis longtemps mais cet épisode a accéléré les choses», a expliqué Thomas Hesthammer, responsable des opérations de vol de Norwegian, la troisième low cost européenne.

Il a précisé s'attendre là aussi à une mise en place de ces mesures à partir de vendredi, après le feu vert de l'aviation civile norvégienne.

D'autres compagnies européennes envisagent de telles mesures, qui verraient une hôtesse ou un steward s'installer dans la cabine de pilotage pendant l'absence d'un des pilotes. Mais elles attendent la fin de l'enquête judiciaire en France pour trancher.

Pour l'heure, «la réglementation de l'Autorité européenne de sécurité aérienne (EASA) n'impose pas que le pilote soit remplacé par un membre de l'équipage lorsqu'il quitte la cabine de pilotage», selon un porte-parole de l'agence.

«Elle prévoit que les pilotes sont tenus de demeurer dans le cabine de pilotage tout au long du vol sauf en cas de besoin physiologique», a-t-il ajouté. Cela doit leur permettre d'aller aux toilettes ou de se reposer sur les longs-courrier, vols pendant lesquels l'équipage est composé de trois pilotes.

Même chose aux Etats-Unis, où le régulateur, la Federal Aviation Authority (FAA), stipule que pilote et copilote doivent demeurer dans la cabine de pilotage du décollage à l'atterrissage, sauf si l'un d'eux doit en sortir «pour réaliser des tâches en liaison avec les opérations de l'appareil (ou) pour des besoins physiologiques».

- Mesure suffisante ? -

Traumatisées par le 11 Septembre, une grande partie des compagnies américaines vont au-delà, en imposant la présence d'un membre de l'équipage dans la cabine de pilotage lorsque l'un des pilotes en sort, avec porte verrouillée, jusqu'à son retour.

En Europe, rares étaient les compagnies qui le faisaient jusqu'ici. Parmi elles, la Finlandaise Finnair : «Le manuel prévoit déjà deux personnes en permanence dans la cabine de pilotage. Si un pilote veut s'absenter, un autre membre de l'équipage doit obligatoirement venir», a expliqué une porte-parole, Päivyt Tallqvist, sans préciser depuis quand cette mesure était en vigueur.

De même pour l'Espagnole Iberia, chez laquelle lorsqu'un pilote sort de la cabine de pilotage, un membre de l'équipage, pas obligatoirement le chef de cabine, s'y rend.

Interrogé sur la question, le patron de Lufthansa Carsten Spohr s'est contenté jeudi d'indiquer que «ce n'est pas prévu en Europe et en Allemagne». «Dans le monde il y a très peu de compagnies qui font cela», a-t-il ajouté.

Pour autant, une telle mesure ne serait pas suffisante pour se prémunir totalement, a estimé Ilja Schulz, le président du syndicat allemand des pilotes Cockpit.

«C'est une idée qui est évoquée par beaucoup. Mais cela ne garantirait pas non plus 100% de sécurité, parce qu'un collègue pourrait alors en terrasser un autre dans la cabine de pilotage», a-t-il déclaré à l'agence de presse DPA.

Et si de nouvelles procédures devaient être adoptées, il faudrait qu'elle le soient «pas juste par la compagnie (aérienne), mais de manière obligatoire par les autorités» de régulation, a-t-il estimé.

Seule l'EASA est habilitée à rendre cette pratique obligatoire en Europe.

Interrogée après l’annonce de Norwegian Air Shuttle, un responsable de l’aviation civile norvégienne, Frode Lenning, a toutefois estimé que «rien n'empêche une compagnie de mettre en place une procédure propre qui soit plus sévère que le cadre réglementaire».