Quand un banquier vient parler budget en classe de CM2

REPORTAGE Mardi 17 mars, les élèves d’une école primaire du 5e arrondissement de Paris ont rencontré et questionné un banquier…

Oihana Gabriel
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Paris, le 17 mars 2015, un banquier sensibilise les CM2 à la gestion d'un budget.
Paris, le 17 mars 2015, un banquier sensibilise les CM2 à la gestion d'un budget. —

«C’est raisonnable, je vous accorde le point». Guillaume Soler, banquier, ne félicite pas un client, mais des élèves de CM2. Mardi 17 mars, des enfants de l’école catholique Sainte-Geneviève dans le 5e arrondissement de Paris recevaient la visite et les conseils d’un professionnel avisé. Pas pour parler taux d’intérêt, mais pour découvrir les bases de la gestion d’un budget autour d’un jeu de société. Une opération nommée «J’invite un banquier dans ma classe» proposée pour la première fois en France par la Fédération bancaire de France.

La France doit-elle donner une éducation financière à ses élèves?

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Pendant une heure, les équipes répondent à des énigmes sur les dépenses et autres problèmes de maths. Vaut-il mieux aller au camping moins cher ou avec ses amis? «Il n’y a pas de bonne réponse, ça dépend des amis!», esquive le banquier. Comment réagir quand on perd sa carte bleue? «On fait opposition, s’exclame Giacomo. Tu vas prévenir la mairie!» Et Guillaume Soler de corriger: «A la banque plutôt.»

Crédit, dépenses, intérêts au menu des CM2

Quand il aborde les divers moyens de paiement, la carte sans contact captive l’auditoire. «Cela n’a rien de magique, c’est juste de la technologie», précise le banquier. Comment s’offrir un cadeau quand on n’a pas l’argent suffisant? «On emprunte de l’argent», tente Manon. «On ratisse les feuilles dans le jardin pour avoir de l’argent de poche», renchérit Cyrian. «On paie en trois fois», complète Dana. Et chacun dévoile son «achat-plaisir»: places de concert, des warhammer, scotchs décoratifs...

Ce quiz très concret permet d’aborder mathématiques, logique, vocabulaire et même histoire. Et si l’éducation financière par un banquier a suscité quelques réticences, les enfants semblent conquis. «J’ai appris plein de choses, se réjouit Giacomo. Je ne savais pas qu’on pouvait payer en plusieurs fois.» Mais Dana trouve l’initiation précoce: «Pour le moment on achète des bonbons, mais au collège ça serait plus utile.» Pour leur institutrice au contraire, «c’est important de leur faire comprendre le côté immatériel de l’argent».

 

Paris, le 17 mars 2015, un banquier sensibilise les CM2 à la gestion d'un budget. 

«Les enfants étaient particulièrement avertis. Plus jeune, on imagine que l’argent coule à flots, s’amuse Guillaume Soler, qui tait le nom de sa société devant les enfants curieux. Et cette façon ludique d’aborder l’argent lui semble «bien calibrée»: «c’est important d’expliquer le cercle vertueux de l’argent, notion souvent taboue», poursuit-il.

Elargir l’opération

«Le but, en démystifiant l’image du banquier, c’est d’offrir les bases d’une éducation financière à l’âge où les enfants commencent à se poser des questions sur l’argent. Il ne s’agit pas de faire un cours de finance», souligne Béatrice Durand, des Clés de la banque, programme d'information et d'éducation financière qui a supervisé ce jeu créé par un ludologue. Alors que 25 rencontres étaient prévues, «on a finalement organisé 60 ateliers. On va tirer le bilan de cette opération pilote pour améliorer le jeu et proposer à la rentrée davantage d’ateliers et sur toute l’année.»

Lors d’un dernier échange, Guillaume Soler aborde des questions plus générales: «A quoi sert la banque?» Et les réponses de fuser: «A garder son argent en sécurité», lance Paul. «Sinon ça déborde sous le lit, comme pour Picsou», rigole Cyrian. «A avoir de l’argent pour sa retraite», avance Dana. La rencontre se clôt sur une colle… pour l’invité: «Quand est ce que la carte bleue a été créée?» «Aucune idée, mais c’est un Français qui a inventé la puce au siècle dernier!», assure le banquier. Et Giacomo de confondre: «Il y a mille ans alors?»

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