La France doit-elle donner une éducation financière à ses élèves?

EDUCATION Selon un sondage YouGov réalisé pour «20 Minutes», la majorité des Français souhaitent que les élèves soient sensibilisés à la finance...

Oihana Gabriel
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Paris, le 17 mars 2015, un banquier sensibilise les CM2 à la gestion d'un budget.
Paris, le 17 mars 2015, un banquier sensibilise les CM2 à la gestion d'un budget. —

«Pour le moment, on achète des bonbons, mais au collège ça serait plus utile», estime Dana, une élève de CM2 qui a participé mi-mars à l'opération «J'invite un banquier dans ma classe». Une première initiative pour sensibiliser les enfants à la gestion d'un budget qui pourrait faire école. Selon un sondage YouGov*, commandé par 20 Minutes, 80% des personnes interrogées estiment que cette éducation financière est une bonne idée. Même si la question de l'âge ne met pas tout le monde d'accord: pour 36% une sensibilisation dès le primaire serait souhaitable, pour 45% il faudrait attendre d’adolescence.

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Simplifier le rapport au banquier

«En France, la première fois qu’on entend parler d’économie, c’est au lycée et c’est de la macroéconomie», argue Béatrice Durand, des Clefs de la banque, le programme d'information et d'éducation financière qui a organisé ces ateliers. Ces opérations, qui vont s'étendre à la rentrée, permettent au contraire aux enfants dès 9 à 11 ans d'apprendre un vocabulaire (crédit, épargne), qui leur sera utile à l'avenir et de simplifier le rapport au banquier.

«Aujourd’hui il n’y a pas de lieu où on apprend à gérer un budget, souligne Jeanne Lazarus, sociologue et auteur de L’Epreuve de l’argent: Banques banquiers clients (Calmann-Lévy, 2012). Et on s’y intéresse quand on commence à avoir des problèmes!». Sans compter qu'un rendez-vous à la banque provoque souvent des angoisses. «En général, on n’a pas peur du banquier mais de la banque comme institution sociale. Comme lieu qui produit des jugements, qui décide d’accorder ou pas un crédit pour l’achat d’un logement», analyse la sociologue

«L’idée d’encourager l’éducation financière est portée depuis les années 2000 par les banques et l'OCDE, rappelle Jeanne Lazarus. Aux Etats-Unis, les citoyens n’économisaient pas assez pour leur retraite.» L’OCDE voulait une sensibilisation pour les classes moyennes sur les produits financiers. Mais en France, comme les citoyens bénéficient d'une retraite par répartition, l'ambition s'est traduite par une éducation budgétaire pour éviter le surendettement.

Cette sensibilisation en classe permettrait également aux enfants d'avoir une parole plus libre, loin de la famille où finances peut rimer avec tensions. Selon ce même sondage, presque 20% des 18-24 ont du mal à parler d’argent avec leurs parents. «Comme pour tout apprentissage, c’est toujours plus facile quand ça se passe en dehors des relations affectives, assure Patrick Avrane, psychanalyste et auteur de Petite psychanalyste de l’argent (PUF, 2015).

L'éducation financière des jeunes comme arme contre le surendettement

Qui pour délivrer un enseignement financier?

Mais ce genre d’enseignement risque de poser problème. «Soit on est dans un enseignement moral, version IIIe république, où les professeurs éduquaient à l’épargne, reprend la sociologue. Mais le rapport à l’argent a totalement changé. Soit on rentre dans une éducation technique, pratique sur comment être un consommateur averti.» Ce que ni les familles, ni les enseignants ne seraient capables de dispenser. «Définir une bonne gestion d’un budget, c’est très personnel, ajoute Jeanne Lazarus. Cela dépend des situations économiques des familles. Le faire en classe, c’est risquer de heurter les moins riches.»

Le but de cet enseignement devrait aussi être clarifié. S'agit-il d'éviter le surendettement qui touche de plus en plus de foyers français? Pas sûr qu’une éducation financière à 9 ans suffirait. «Dans les rares enquêtes qui existent aux Etats-Unis, où beaucoup d’initiations pour les enfants existent, on constate qu’ils n’accrochent pas ou qu’ils oublient, nuance Jeanne Lazarus. Il n’y a pas de différence entre ceux qui ont reçu l’enseignement et ceux qui n’ont pas été sensibilisés.»

*Sondage réalisé sur 1.020 personnes en ligne entre le 20 et le 23 mars selon la méthode des quotas.