Pirelli: l'alliance avec les Chinois, un rempart contre les prédateurs, selon le PDG

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Le PDG de Pirelli, Marco Tronchetti Provera, le 25 mars 2015 au siège social à Milan
Le PDG de Pirelli, Marco Tronchetti Provera, le 25 mars 2015 au siège social à Milan — Giuseppe Cacace AFP

Le passage annoncé sous pavillon chinois du groupe Pirelli, fleuron industriel de l'Italie, lui évitera de devenir la «proie» d'investisseurs mal intentionnés et garantira son avenir, s'est défendu devant l'AFP son PDG Marco Tronchetti Provera.

Le patron de Pirelli, 67 ans, a longuement justifié cet accord controversé, «unique en son genre». Dévoilé dimanche, il prévoit la prise de contrôle via un montage complexe de ce vénérable groupe milanais par le géant public chinois ChemChina, son retrait de la Bourse et sa scission en deux parties.

«ChemChina nous aide à stabiliser la structure de l'actionnariat du groupe en regardant vers l'avant, afin que Pirelli reste un acteur du marché et ne devienne pas une proie», a-t-il expliqué dans un entretien au siège milanais de ce groupe né en 1872, qui fabrique aujourd'hui toutes sortes de pneus, de la Formule 1 au haut de gamme pour voitures en passant par les pneus dits industriels (camions, agriculture, etc).

Si tout se déroule comme prévu, l'actionnariat de Pirelli va passer dans les prochains mois aux mains de ChemChina, majoritaire, tout en conservant des actionnaires italiens et russes (le géant pétrolier public Rosneft), une alliance inédite en Italie. La transaction totale s'élèverait à 7,4 milliards d'euros, selon la presse italienne.

Pirelli sera scindé en un groupe principal dédié aux pneus haut de gamme et sportifs (auto et moto), qui pourra être réintroduit en Bourse à Milan (auquel cas ChemChina pourrait redescendre sous les 50% du capital), et un autre dédié aux pneus industriels, qui sera adossé à une filiale chinoise, Aeolus.

Pour Pirelli, rien ne changera pour sa division phare, le haut de gamme, puisque le centre de recherche et le siège resteront en Italie, tandis que l'énorme marché chinois s'ouvrira à ses pneus industriels, a argué le dirigeant, qui de son propre aveu était en quête d'une alliance depuis plusieurs années.

Quant à la vitrine du groupe, la production sportive, c'est «un secteur vital pour nous, où nous créons nos technologies: c'est notre salle d'entraînement pour l'avenir de Pirelli, nous continuerons et même nous leur donnerons plus d'importance», a-t-il affirmé.

Pour sa part, la partie chinoise pourra tirer profit de produits de meilleure qualité, capables de vivre «trois vies», plus économes et moins polluants, a expliqué M. Tronchetti, lui-même actionnaire indirect et qui aux termes de l'accord demeurera 5 ans directeur général du nouveau Pirelli.

- Un accord qui fait des vagues -

Pourtant en Italie, tous n'apprécient pas la philosophie de l'accord. L'ex-chef du gouvernement Romano Prodi a dénoncé une «politique industrielle (qui) se fait à Pékin» et d'autres ont déploré à la fois cette nouvelle preuve de faiblesse du capitalisme italien et l'absence d'alternative sérieuse.

Face aux vagues, M. Tronchetti, lui, est sûr de son fait: «C'est ça l'avenir (du capitalisme italien). Il y a des actionnaires italiens, russes, chinois, la société retournera sur le marché mais nous avons protégé la technologie italienne. L'Italie a fait de très mauvais choix industriels ces dernières décennies, elle n'a protégé que quelques entreprises d'Etat, les rendant très marginales dans la compétition mondiale». L'actuel gouvernement italien, mené par Matteo Renzi, prévenu de cet accord, est en revanche «sur la bonne voie», a-t-il estimé.

Ceux «qui s'intéressent à l'avenir du pays, ceux qui approfondissent, ceux-là ont tous salué» l'accord, a souligné le dirigeant, né en 1948 et l'une des plus grandes figures actuelles du capitalisme italien.

Etait-il si risqué pour Pirelli de rester seul plutôt que de se vendre aux Chinois ? «Un temps oui. Aujourd'hui, nous avons une équipe managériale forte. Je ne suis plus un jeune homme, donc je dois envisager l'avenir de la société pour les 10-15 ans à venir».

Une fusion entre pairs aurait été vouée à l'échec, estime-t-il, citant des tentatives passées de ses concurrents Goodyear et Sumitomo ou Bridgestone et Firestone. Avec ChemChina, «il n'y a pas de conflit (...) Ca me paraît équilibré», souligne-t-il.

«Je suis devenu directeur général de Pirelli en 1992» après une alliance avortée avec le groupe allemand Continental, rappelle-t-il. La société «était alors en grand danger: mon objectif en tant qu'industriel est de donner à Pirelli un avenir dans la mesure du possible garanti, qu'il n'y ait pas demain quelqu'un qui l'achète pour la démanteler et détruise le travail qui a été fait».

L'avenir du célèbre calendrier Pirelli de photos osées prisé des collectionneurs semble pour sa part radieux: il est «l'unique chose à laquelle les Russes, Chinois et Italiens ne renonceront jamais !», a lancé M. Tronchetti.