Déficit public: Pourquoi baisse-t-il plus vite que prévu alors que la dette s'envole?

ECONOMIE L’Insee a dévoilé ce jeudi deux indicateurs clés de l’évolution des comptes nationaux…

C.P. avec AFP

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Paris le 28 janvier 2013, la façade du ministère des finances. B
Paris le 28 janvier 2013, la façade du ministère des finances. B — A. GELEBART/20 MINUTES

Une bonne nouvelle aux allures de paradoxe. Ce jeudi matin, le ministre des Finances Michel Sapin a confirmé que le déficit français avait été moins élevé qu’attendu en 2014: le pays a enregistré l'an dernier un déficit public équivalent à 4% de son Produit intérieur brut (PIB), après 4,1% en 2013, et là où le gouvernement tablait initialement sur 4,4%.

Cette performance budgétaire, meilleure que prévu «a ouvert la perspective d'une révision à la baisse du déficit public en 2015, aux alentours de 3,8% du PIB», au lieu de 4,1% comme prévu jusqu'ici, a affirmé le ministre, dans un communiqué. De quoi permettre à la France de tenir confortablement sa promesse faite à Bruxelles de ramener le déficit hexagonal à 4% du PIB en 2015 et sous la barre des 3% en 2017.

«L'objectif (de déficit) 2015 devrait être plus facile à atteindre et cela devrait apaiser les tensions avec la Commission et nos partenaires européens, même si certains pourraient penser que le gouvernement français avait délibérément noirci le tableau» en adoptant des prévisions pessimistes, a commenté Dominique Barbet, économiste de BNP Paribas, dans une note.

Pourquoi une baisse plus forte que prévu du déficit?

Si les pronostics pessimistes de Bercy ont été déjoués, ce n’est certainement pas grâce à la reprise de la croissance de l’économie: en 2014, la hausse du PIB a atteint 0,4%, soit le même taux qu'en 2013.

Selon l’Insee, cette «légère réduction du besoin de financement des administrations publiques» en 2014 par rapport à 2013 s'explique «essentiellement» par un recul des investissements locaux. Ces investissements des administrations publiques locales, traditionnellement en baisse après les scrutins municipaux, surtout lorsque de nombreuses villes connaissent une alternance, ont diminué de 4,8 milliards d'euros l'an dernier pour ce qui est de la «formation brute de capital fixe».

Autre facteur explicatif: la France a bénéficié d'une très faible inflation et des largesses des marchés financiers qui ont fait chuter les taux d'intérêt auquel elle pouvait emprunter. Ces deux phénomènes ont permis de réduire la charge des intérêts de la dette, l'un des premiers postes de dépenses du pays, de 1,7% l'an dernier.

Enfin, l'Insee note que la dépense publique totale a augmenté de 1,6% en 2014 pour atteindre 57,2% du PIB l'an dernier contre 57% en 2013. C'est son rythme «le plus bas depuis 1998», a précisé Bercy..

En revanche, ce recul du déficit n’a rien à voir avec la hausse des impôts: les prélèvements obligatoires, en pourcentage du PIB, sont eux restés parfaitement stables à 44,7%.

Pourquoi la dette, elle, continue à augmenter?

Alors que l’horizon s’est légèrement éclairci sur le front budgétaire, la dette française, elle, a continué de flamber l’an dernier: elle a atteint l'équivalent de 95% du PIB à la fin de l'an dernier, contre 92,3% en 2013, soit un peu plus de 2.000 milliards d'euros en valeur absolue.

Un paradoxe en apparence, seulement. En effet, même si le déficit baisse, les comptes de la France restent nettement dans le rouge et Bercy doit toujours emprunter chaque année pour boucler son budget… accumulant ainsi des dettes supplémentaires.

Interviewé ce jeudi matin sur i-Télé, le ministre des Finances Michel Sapin a toutefois promis que le seuil de 100% ne serait pas franchi: «La dette n'augmentera plus (en proportion du PIB) que le jour où nous serons passés en dessous de 3% de déficit», a-t-il assuré. Un objectif que la France doit atteindre d'ici 2017.

La dette en valeur absolue continuera certes à s'accumuler tant que la France connaîtra un déficit public, qu'il faut financer année après année en s'endettant. Mais la dette en proportion du PIB peut malgré tout reculer, en particulier si la croissance est forte, c'est-à-dire si le PIB augmente plus vite que l'ardoise du pays.