La thérapie économique de Sarkozy

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Sur le front économique et social, le pays peut s'attendre à « cent premiers jours » de choc. Si Nicolas Sarkozy tient sa promesse du « je dis ce que je fais, je fais ce que je dis », une série de mesures seront adoptées avant la fin de l'été pour engager une transformation profonde.

1 Faire le maximum pour le service minimum

A moins d'un accord entre les syndicats et les pouvoirs publics, une loi pourrait être votée dès le mois de septembre pour garantir la continuité des services publics en cas de grève, notamment dans les transports. Le secrétaire général de Force ouvrière, Jean-Claude Mailly, a déjà mis en garde contre toute « tentative de passage en force » sur ce dossier « sensible ».

2 Abolir les droits de succession

La « quasi-totalité » des Français n'aura plus à payer de droits de donation et de succession. Une mesure qui profitera surtout aux 20 % des successions qui se partagent les deux tiers du patrimoine total transmis.

3 Exonérer les heures supplémentaires

Pour inciter à « travailler plus », il est prévu d'exonérer les heures supplémentaires d'impôt sur le revenu pour le salarié, et de charges sociales pour l'employeur.

4 Limiter les impôts à 50 % des revenus

La somme de tous les impôts payés par un particulier ne pourra dépasser 50 % de ses revenus, contre 60 % actuellement. Autre nouveauté, ce « bouclier fiscal » inclura désormais la CSG (contribution sociale généralisée).

Une manière détournée de sabrer l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Ce dernier sera aussi réduit pour les contribuables qui investissent dans des PME. Par ailleurs, Nicolas Sarkozy a promis une baisse rapide de 15 milliards d'euros des prélèvements obligatoires. Mais il n'a pas précisé son mode d'emploi.

5 Mettre en pratique le contrat unique

La seule certitude sur ce contrat, c'est qu'il sera « plus souple pour les entreprises ». « La méthode que choisira le chef de l'Etat pour impulser des réformes sera déterminante », a prévenu la CFDT, qui a été, avec les autres syndicats, à la pointe du combat contre le contrat premières embauches, qui pourrait inspirer le nouveau CDI.

Dès début mai, son secrétaire général, François Chérèque, mettait en garde l'UMP contre toute tentative d'« instrumentalisation » du syndicat, à qui le conseiller politique de Nicolas Sarkozy, François Fillon, proposait de constituer un « pôle réformiste ». « Je préviens M. Fillon : s'ils utilisent la méthode du CPE, il y aura des mouvements sociaux dès la rentrée prochaine », a-t-il martelé.

6 Déduire les intérêts des emprunts immobiliers

Pour augmenter le nombre de propriétaires, ces derniers pourront déduire de leurs impôts les intérêts des emprunts immobiliers souscrits, privilège réservé depuis quelques années aux seuls propriétaires bailleurs.

Un crédit d'impôt est aussi envisagé pour les quelque 50 % de Français non imposables. Toujours est-il que le coût d'une telle mesure est estimé à deux milliards d'euros par an par l'Institut de l'entreprise, une structure de réflexion qui regroupe 120 grandes entreprises françaises.

7 S'attaquer au dossier des retraites

Finis les régimes spéciaux (EDF-GDF, SNCF...). En contrepartie, les petites retraites augmenteront de 25 %. Reste à savoir comment sera abordé le financement des autres retraites, dont la difficulté ne tardera pas à se faire sentir.

8 Contrôler les dépenses de l'assurance-maladie

Le remède de cheval pourrait venir plus tôt que prévu. Le dérapage des dépenses est tel que le comité d'alerte de l'assurance-maladie pourrait contraindre le nouveau gouvernement à de nouveaux déremboursements.

Des « franchises » annuelles viendront bientôt s'y ajouter, c'est-à-dire des sommes que les patients devront payer avant de pouvoir prétendre à un remboursement, et qui évolueront chaque année en fonction des finances du régime.

9 Saisir au vol le dossier Airbus

Après avoir critiqué l'intervention insuffisante de l'Etat dans ce dossier, et le traitement injuste des sites français par rapport aux allemands, Nicolas Sarkozy hérite de la patate chaude. Il pourrait débarquer le patron Louis Gallois pour mettre un de ses hommes à la place.

Environnement Le « grand ministère du développement durable » aura la tâche de mettre au point une fiscalité du pollueur-payeur « afin de porter la fiscalité environnementale de 2,3 à 5 % du PIB d'ici à 2012 ». Il est aussi question de « rediscuter des OGM ».