Un budget britannique très politique à 50 jours des législatives

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Le Premier ministre britannique David Cameron, le 18 mars 2015 à Londres
Le Premier ministre britannique David Cameron, le 18 mars 2015 à Londres — Ben Stansall AFP

Le gouvernement britannique du conservateur David Cameron a promis mercredi la prospérité aux Britanniques dans son budget à 50 jours du scrutin législatif, distribuant quelques largesses ciblées à l'adresse d'électeurs fatigués par cinq ans d'austérité.

«La Grande-Bretagne est en croissance, elle créé des emplois et avance. Nous avons pris des décisions difficiles, n'en déplaise à l'opposition, et cela a marché: la Grande-Bretagne a de nouveau la tête haute», a assuré au Parlement le ministre des Finances, George Osborne.

Son gouvernement a relevé de 0,1 point sa prévision de croissance pour 2015, à 2,5%, après avoir profité déjà d'une croissance vigoureuse l'an passé (2,6%).

Le déficit public de l'Etat pourrait en outre se contracter d'un point de pourcentage du produit intérieur brut (PIB) pendant l'année budgétaire à venir, à 4,0%.

Exprimé en données comparables avec les statistiques européennes, il devrait être de 4,6% en 2015, soit un peu plus que la France (4,1%) et autant que l'Espagne.

Au-delà des chiffres, l'exercice était particulièrement politique pour M. Osborne, qui a emmené pour la sixième fois au Parlement la traditionnelle mallette rouge contenant les lettres budgétaires du chancelier de l'Echiquier.

Le 7 mai, MM. Cameron, Osborne et les autres dirigeants du Parti conservateur reviendront en effet devant les électeurs cinq ans après leur arrivée au pouvoir, à l'occasion d'un scrutin qui s'annonce serré.

Ed Miliband, le chef du Parti travailliste (centre gauche) a répété mercredi que les Britanniques gagnaient «moins qu'au début de la législature», que les contrats zéro heure, très précaires, s'étaient multiplié et qu'un «petit nombre de gens» seulement profitaient de la reprise.

Il a promis que s'il devenait Premier ministre à la place de M. Cameron, les classes populaires et moyennes goûteraient enfin aux fruits de la croissance.

- Bière, cidre et whisky moins chers ! -

M. Osborne peut pourtant s'appuyer sur un taux de chômage au plus bas depuis 2008 (5,7%) et sur une accélération de l'activité qui, en dégageant des fonds supplémentaires pour les pouvoirs publics, lui ont permis d'offrir des anti-inflammatoires bien dosés pour apaiser les effets secondaires de la sévère cure d'austérité.

Il a annoncé un relèvement du seuil d'imposition à 11.000 livres par an (15.500 euros), un cadeau fiscal qui profitera à divers degrés à 27 millions de personnes au total.

Le gouvernement avait annoncé dès dimanche un changement pour permettre aux retraités de toucher en une seule fois le «pactole» accumulé pendant leurs années de cotisation et donné son feu vert mardi à une augmentation de 3% du salaire minimum en octobre, sa plus importante hausse depuis 2008.

Face à une opinion remontée contre les montages fiscaux complexes de multinationales pour éviter l'impôt, M. Osborne a annoncé en outre mercredi que sa «Google tax», destinée à faire payer ces groupes coûte que coûte, serait instaurée dès le mois d'avril.

Reste qu'il n'a pas souhaité remettre en cause frontalement sa politique d'austérité pour ne pas galvauder son image de «père la rigueur», qui a divisé par deux un déficit public dépassant les 10% du produit intérieur brut en 2010. Après avoir été gonflé par des mesures exceptionnelles prises par les travaillistes face à la crise financière internationale.

Les conservateurs avaient certes promis davantage il y a cinq ans, osant jurer qu'ils remettraient les comptes publics à l'équilibre d'ici à 2015. Le ministre des Finances a assuré néanmoins que son gouvernement maintiendrait sa ligne rigoureuse qui «fonctionne» pour conduire la Grande-Bretagne «de l'austérité vers la prospérité».

Les travaillistes n'ont de cesse de dénoncer à cet égard une conception «idéologique» d'inspiration thatchérienne et de souligner que si les conservateurs poursuivaient leur projet cinq ans de plus, les dépenses publiques seraient comprimées à un niveau sans précédent depuis les années 1930, le tout aux dépens des services publics et des salariés.

«Le chancelier George Osborne a jugé qu'il serait plus avisé vis-à-vis de l'électorat de montrer sa prudence budgétaire plutôt que d'acheter les votes de façon éhontée», a résumé Vicky Redwood, analyste chez Capital Economics.

Petit bonus à un pan non négligeable de l'électorat toutefois: le gouvernement va réduire les taxes sur la bière, le cidre et le whisky.