Athènes adopte envers et contre tout sa loi contre la pauvreté

© 2015 AFP

— 

Le ministre grec des Finances Alexis Tsipras, le 13 mars 2015 à Athènes
Le ministre grec des Finances Alexis Tsipras, le 13 mars 2015 à Athènes — Aris Messinis POOL

Le gouvernement grec de gauche radicale a fait voter mercredi la première loi de son mandat, destinée à aider les plus durement touchés par la crise, sans craindre d'irriter ses partenaires européens qu'Alexis Tsipras veut entraîner dans une négociation politique sur le financement de la Grèce.

Dans ce but, le Premier ministre grec rencontrera jeudi soir à Bruxelles, après le sommet des chefs d'Etat et de gouvernement, plusieurs responsables européens ainsi que les dirigeants allemand et français.

Objectif: sortir les discussions sur le déblocage de l'aide financière à la Grèce du cadre technique au profit d'un débat «politique», selon Athènes.

Il s'agit de trouver «une solution politique» sur la Grèce et débloquer une dernière tranche de prêts, vitale pour le pays qui est à court d'argent.

Mais pas question pour le gouvernement Syriza de dévier de ses promesses électorales: sa première loi votée mercredi met en oeuvre son engagement à secourir les foyers privés d'électricité ou confrontés à des problèmes de logement et de nourriture.

Le débat parlementaire sur le texte, «le premier du gouvernement de salut national» selon Alexis Tsipras, s'est achevé par une approbation massive, les deux partis d'opposition traditionnels, Nouvelle Démocratie (conservateurs) et PASOK (socialistes) votant pour, aux côtés de la coalition Syriza-Grecs indépendants au pouvoir.

Le Premier ministre a livré un discours très offensif devant le parlement affirmant que son gouvernement n'avait «pas peur» des «menaces» exercées selon lui sur la Grèce.

Toutefois, les partenaires du pays semblent perdre patience, soulignant que peu de progrès ont été faits ces derniers jours sur les négociations entre Athènes et Bruxelles.

- Inquiétudes -

Jean-Claude Juncker a réaffirmé mercredi à Bruxelles qu'il était «inquiet» à propos de la Grèce et qu'il «n'était pas satisfait des progrès réalisés au cours des derniers jours».

A Berlin, le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble a indiqué que «le temps était compté» pour la Grèce.

Mardi soir, le patron de l'Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem a fait valoir, sur une radio néerlandaise, «qu'un pays qui a des problèmes n'a pas forcément à sortir de l'euro».

«Rappelez-vous le cas de Chypre», a-t-il lancé. En mars 2013, l'île avait dû mettre en place du jour au lendemain un sévère contrôle des capitaux pour empêcher leur fuite du pays. «Toutes sortes de scénarios sont imaginables», a ajouté M. Dijsselbloem.

Depuis la semaine dernière, des experts techniques de Bruxelles et d'Athènes essaient de trouver un terrain commun pour faire avancer les réformes qui ont été convenues lors de l'accord du 20 février passé entre la Grèce et ses créanciers, UE et FMI, sur la poursuite de l'aide au pays d'ici fin juin.

Mardi soir, le gouvernement avait soudain durci le ton contre la Commission européenne après des informations de presse affirmant que Bruxelles tiquait sur le vote du projet de loi humanitaire, jugeant qu'il s'agissait d'une action «unilatérale» en désaccord avec l'accord de l'Eurogroupe du 20 février.

Quelques heures plus tard, le commissaire européen Pierre Moscovici a dû expliquer la position de la Commission. Celle-ci défend «pleinement l'objectif d'aider les plus vulnérables» en Grèce et n'oppose «pas un quelconque veto» aux mesures d'urgence prise pour les plus pauvres, a-t-il assuré.

- «Indices dans le rouge» -

Reflétant les inquiétudes sur les négociations, la Bourse d'Athènes a terminé mercredi avec une chute de 4,13% tandis que le taux de l'obligation grecque à dix ans s'est envolé à plus de 11%, signe de défiance des marchés.

La loi votée mercredi concerne la fourniture d'électricité gratuite aux plus pauvres, d'une aide au logement pour 30.000 foyers et d'une aide alimentaire pour 300.000 personnes.

Elle comprend également une aide pour les personnes qui ont perdu leur emploi ces derniers mois et sont privées de sécurité sociale.

Syriza n'a cessé ces deux dernières années de condamner la poursuite de la politique d'austérité, imposée au pays depuis le début de la crise en 2010, et qui a causé «une crise humanitaire», plongeant des centaines de milliers de Grecs dans la misère, en raison d'une explosion du chômage, du rabotage des salaires et des retraites, ainsi que de la hausse des taxes.

Outre ces mesures sociales, la loi prévoit «la création d'un secrétariat général pour la lutte contre la corruption», sur laquelle le gouvernement mise pour augmenter les recettes publiques.