Concurrence: Dans les coulisses du «cartel du yaourt»

CONSOMMATION Onze fabricants de produits laitiers frais se sont entendus sur les prix des appels d'offres sur des marques de distributeurs...

Laure Cometti

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Un rayon de produits laitiers dans un hypermarché, le 30 mars 2013
Un rayon de produits laitiers dans un hypermarché, le 30 mars 2013 — Jean-Michel Andre AFP

Après les lessiviers, les producteurs d’endives et les éleveurs de porcs bretons, au tour des fabricants de produits laitiers pour les marques de distributeur d’être sanctionnés par l’Autorité de la concurrence. De lourdes amendes ont été prononcées à l’encontre de 11 sociétés. La décision rendue jeudi par l’organe de régulation décrit les coulisses de ce «cartel du yaourt» qui a sévi de 2006 à 2012.

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Des réunions secrètes dans un appartement parisien

Quatre leaders du secteur composaient le noyau dur du cartel: Yoplait, Novandie (Andros), Lactalis et Senagral (Senoble), autour desquels gravitaient sept autres sociétés moins connues du grand public, dont Laiteries H. Triballat (Rians) et Yeo Frais (groupe 3A).

Le plus souvent, les réunions avaient lieu dans des hôtels, pour plus de discrétion. Certaines rencontres se tenaient dans un appartement parisien du 6e arrondissement appartenant à la famille du directeur général de Novandie. Le café Le Chien qui fume, sur le boulevard du Montparnasse faisait aussi office de QG.

Un «carnet secret» des ententes

Lors de ces réunions, les représentants des sociétés se mettaient d’accord sur la marche à suivre lors des appels d’offres des distributeurs, qui leur commandaient des produits laitiers frais pour leur marque propre. Le cartel fixait des hausses de prix et préparait des arguments pour les justifier aux clients. Les entreprises élaboraient des tactiques pour se répartir les volumes de commandes, avec un pacte de non-agression. Au total, 18 appels d’offres ont été manipulés de la sorte.

Un représentant de Yoplait consignait toutes les décisions prises lors de ces réunions dans un carnet de bord secret. Il s'agit de l’une des principales pièces de l’instruction.

Des téléphones portables enregistrés sous d’autres noms

Les membres du cartel utilisaient des téléphones portables secrets. Le représentant de Senoble disposait d’un téléphone souscrit au nom de sa compagne pour que le nom de l’entreprise n’apparaisse pas dans les relevés.

Le caractère secret et sophistiqué de l'organisation du cartel a été considéré comme un facteur aggravant dans le cadre de l'enquête menée par l'Autorité de la concurrence entre 2012 et 2015, dans des délais «resserrés» notamment grâce à la coopération de certaines entreprises coupables.

Le dénouement 

L’organe de régulation ignorait tout de ces pratiques illégales jusqu’aux révélations de Yoplait, en août 2011, qui ont mené les enquêteurs à effectuer des perquisitions dans les locaux des sociétés concernées.

En dénonçant le cartel auquel il appartenait, Yoplait a pu bénéficier d’un avis de clémence prévu par la loi qui l'a exempté de toute sanction financière. La société a remis le fameux «carnet secret» aux enquêteurs. Cette décision faisait suite à l’arrivée du groupe américain General Mills qui est devenu l’actionnaire majoritaire de Yoplait en mars 2011.

Senagral a également déposé une demande de clémence qu’il a obtenue en fournissant des éléments permettant de faire avancer l’enquête, avec à la clé une réduction de 35% de son amende.

La société Novandie a, quant à elle, obtenu un rabais pour une tout autre raison. Pendant un an, elle a perturbé l’entente en faisant sécession avec le cartel à cause de différends personnels.