La parité euro-dollar serait-elle une mauvaise nouvelle?

MONNAIE L’euro poursuit sa baisse spectaculaire pour se retrouver très proche du dollar...

Nicolas Beunaiche

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Un pièce d'un euro et un billet d'un dollar
Un pièce d'un euro et un billet d'un dollar — Philippe Huguen AFP

Mario Draghi ne fait pas que des euros. Deux semaines après le début de son plan de 60 milliards d’achats mensuels d’actifs, le président de la Banque centrale européenne (BCE) a donné un coup d’accélérateur spectaculaire à la dépréciation de la monnaie unique par rapport au dollar, rendant la devise américaine plus attractive pour les investisseurs. Pour la première fois depuis 2003, l’euro a franchi la barre de 1,05 dollar, faisant de la parité entre les deux monnaies un horizon atteignable. Une si mauvaise nouvelle que cela?

Est-ce qu’on va vers la parité?

Impossible de le dire avec certitude. «C’est une possibilité quand on voit la vitesse avec laquelle l’euro a baissé. Mais la volatilité des taux de change empêche de faire des prévisions, même à un mois», explique Christophe Blot, économiste à l’OFCE. «On ne peut pas exclure un phénomène de surajustement», ajoute-t-il. Autrement dit: l’anticipation de la baisse aurait créé la baisse, et la monnaie unique remonterait donc à terme à son taux réel, «aux alentours de 1,20 dollar». Des grandes banques parient, elles, déjà sur la parité euro-dollar dans les prochains mois. Deutsche Bank prévoit un euro à un dollar en fin d’année, quand Crédit Suisse évoque même un euro à 0,98 dollar dans douze mois. Selon la banque allemande, la monnaie européenne tomberait ensuite à 0,85-0,90 dollar en 2016.

Quel effet la parité pourrait-elle avoir sur la zone euro?

«La baisse de l’euro est nécessaire pour l’essentiel de la zone», assure Christophe Blot. Car sa dépréciation «fait remonter l’inflation et favorise le commerce extérieur européen», poursuit l’économiste. Une aubaine dans un contexte de demande intérieure timide. Selon une étude du Centre d'études prospectives et d'informations internationales (Cepii) publiée en janvier 2014, «une dépréciation du taux de change de 10% entraîne un accroissement de la valeur des exportations d’un secteur de 7,5% en moyenne». Pas étonnant, donc, si le président de la République française, François Hollande, s’est félicité de la situation ce jeudi. «Il y aura un effet favorable pour l'activité avec un euro qui est maintenant à sa bonne parité», a-t-il déclaré. «Quand il y a des taux d'intérêt bas, un euro à sa parité et des capacités pour les entreprises d'investir parce que les marges sont revenues, alors la croissance est au rendez-vous», a-t-il détaillé. L’Allemagne, dont l’attachement à un euro fort est connu, devrait elle aussi y être gagnante. Selon Christophe Blot, «les travaux récents montrent que ses exportations en tireraient des bénéfices».

Qui en profiterait le plus et qui en pâtirait?

Dans les rangs des gagnants, les entreprises exportatrices du secteur industriel et agricole. Selon l’analyse du Cepii, l’automobile, l’industrie des appareils électriques et les équipements de transports devraient particulièrement bénéficier d’un euro valant un dollar. A l’inverse, les secteurs importateurs en pâtiraient. Les résultats de l’étude du Cepii suggèrent qu’«une dépréciation de l’euro de 10% augmente les valeurs unitaires des biens manufacturés importés par les entreprises d’environ 2% à 3%, tandis que le volume de ces importations diminue, selon les estimations, de 0 à 2,5%». Ce qui limiterait donc en théorie le gain de compétitivité globale. Mais dans les faits, il se trouve que les entreprises qui importent le plus de biens intermédiaires sont aussi les plus performantes à l’exportation, complète le Cepii. Les ménages, enfin, «pourraient pâtir du renchérissement des biens importés», avance Christophe Blot. Les produits étrangers devenant moins abordables, ils se tourneraient alors plus facilement vers le made in France. Un impact sur leur budget toutefois limité par la baisse simultanée des prix du pétrole.