L'Ukraine lance la restructuration de sa dette publique

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La ministre ukrainienne des Finances Natalie Jaresko le 25 février 2015 au côté de la présidente de la banque nationale ukrainienne Valeriya Hontaryeva à Kiev
La ministre ukrainienne des Finances Natalie Jaresko le 25 février 2015 au côté de la présidente de la banque nationale ukrainienne Valeriya Hontaryeva à Kiev — Andrew Kravchenko Service presse ukrainien

Asphyxiée par un conflit armé et une crise économique, l'Ukraine a annoncé jeudi des négociations en vue de la restructuration de sa dette, projet «crucial» pour le succès du plan d'aide international et qui suscite des craintes du FMI.

Dans l'est séparatiste prorusse en proie depuis près d'un an d'un conflit qui a fait plus de 6.000 morts, le cessez-le-feu reste «précaire», selon l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, qui a annoncé jeudi qu'elle allait pratiquement y doubler sa mission à 1.000 observateurs.

Dans ce contexte, le président Petro Porochenko a déclaré que l'Ukraine allait renforcer ses forces armées alors que la Russie a déployé 8.000 artilleurs en Crimée, péninsule ukrainienne annexée il y a un an et près de la frontière ukrainienne.

Sur le front économique la ministre des Finances Natalie Jaresko a pour sa part annoncé le début dès vendredi de «consultations» avec les créanciers avec pour objectif de dégager un allègement de la dette ukrainienne de 15 milliards de dollars sur 4 ans.

La dette publique ukrainienne qui se montait à 70 milliards de dollars 2014 a explosé cette année sous l'effet conjugué d'une profonde récession économique associée d'une dévaluation record de sa monnaie et du conflit dans l'Est industriel.

Cette année, la dette publique ukrainienne devrait ainsi atteindre 94% du PIB contre 40,6% en 2013 et sa dette extérieure, 158% du PIB, selon les estimations du Fonds monétaire international (FMI).

Dans ce contexte, Mme Jaresko, Américaine naturalisée ukrainienne, ancienne du département d’État américain et ex-directrice d'un fonds d'investissement, se rendra la semaine prochaine aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne pour y rencontrer les créanciers.

- Doutes sur l'accord de Moscou -

La ministre a dit espérer «une solution» d'ici «deux mois» sans donner de détails sur les objectifs de Kiev qui pourraient aller d'un effacement de dette à un simple rééchelonnement.

Plus prudent, le FMI, qui a accordé la veille à Kiev une ligne de crédit de 17,5 milliards de dollars, a de son côté dit s'attendre à ce que ces discussions soient achevées «d'ici fin juin».

Le succès de ces négociations est toutefois loin d'être acquis, a admis le FMI alors qu'elle sont «cruciales» pour la poursuite d'un plan d'aide international pour l'Ukraine pouvait allait à 40 milliards de dollars sur quatre ans et dont le prêt du FMI fait partie.

Ces tractations pourraient associer les créanciers privés du pays mais également publics comme la Russie, à laquelle Kiev doit rembourser 3 milliards de dollars à la fin de l'année.

Mais les rapports entre Kiev et Moscou, accusé d'armer les rebelles et d'avoir déployé ses troupes en Ukraine sont au plus bas et les Russes sont peu enclins à faire des concessions financières à leurs voisins.

Mme Jaresko a refusé de spéculer à ce sujet. «Nous ne faisons pas de différence entre la nationalité» des créanciers qui sont «tous invités aux consultations», s'est-elle bornée à dire.

- Offensive d'envergure probable -

Le FMI a lui-même admis que son plan d'aide à l'Ukraine fait face à des risques «exceptionnellement élevés» liés au conflit dans l'Est tout en conservant des motifs d'optimisme prudent.

Les créanciers ont plus d'intérêt à accepter des pertes qu'à laisser l'Ukraine s'enfoncer dans la crise et prendre le risque de ne jamais être remboursés, estime le Fonds.

Sur le plan militaire, le cessez-le-feu en Ukraine, globalement respecté, il reste «précaire», a averti jeudi l'OSCE dont plusieurs centaines d'observateurs sont déployés dans la zone du conflit.

De son côté, le président ukrainien Petro Porochenko a assuré jeudi au cours d'une réunion du Conseil de sécurité nationale et de défense que l'Ukraine renforçait «activement» ses forces armée pour faire face à une éventuelle offensive dans l'est tout en respectait «sans faille» les accords de paix en vigueur.

«Compte tenue de la haute probabilité de la reprise d'une offensive d'envergure» par les rebelles, le Conseil a pris des mesures pour «renforcer la sécurité du pays» y compris sur la ligne du front, a annoncé à l'issue de cette réunion Mikhaïlo Koval, un haut responsable du Conseil.