Déficit: Le jeu d'équilibriste de Pierre Moscovici

ECONOMIE Pas toujours simple de devoir critiquer un gouvernement dont on a été un membre éminent, notamment pour les affaires économiques...

O.G. (avec M.P.)

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Pierre Moscovici, ancien ministre de l'Economie et de Finances frnaçais est devenu depuis le 1er novembre 2014 commissaire européen aux affaires économiques.
Pierre Moscovici, ancien ministre de l'Economie et de Finances frnaçais est devenu depuis le 1er novembre 2014 commissaire européen aux affaires économiques. — AFP

Commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici fait ce mercredi le service après-vente des mesures décidées par la Commission européenne: un nouveau délai pour la France afin de réduire le déficit en échange de nouvelles mesures. Pas toujours simple pour celui qui, pendant deux ans, au ministère de l’Economie, subissait les récriminations des représentants de l’Union européenne sur ce déficit budgétaire qui ne se réduisait pas assez vite.

Alors, un brin schizophrène, Pierre Moscovici joue désormais au docteur Pierre et mister Moscovici, alternant la distribution des bons et des mauvais points. Dans un entretien au Figaro, ce mercredi matin, l’ex-ministre de l’Economie et des Finances se fait inflexible, réclamant au gouvernement français, ses anciens camarades, enfin «un plan de réforme détaillé, ambitieux».

«Tout le monde attend de la France qu’elle soit un grand pays»

Et d’insister au cas où tout le monde n’aurait pas compris: «En clair, que le gouvernement français nous dise quelles réformes il va prendre, dans quel délai, sous quelle forme.» Il faut dire que la France n’arrive pas à résorber son déficit, ce qui était déjà le cas lorsque Pierre Moscovici pilotait Bercy. Malgré cette expérience pas toujours rose avec Bruxelles, le socialiste ne se prive pas de faire la leçon: «Tout le monde attend de la France qu’elle soit un grand pays, pour elle-même et pour l’Europe. Un pays qui ne déçoit pas ses partenaires.»

Pour faire passer ces petits taquets, Pierre Moscovici souligne toutefois les progrès de la France. «Avec la loi Macron, la discussion en cours sur le dialogue social et les négociations sur les retraites, l’effort de la France est indéniable», se satisfait-il, laissant échapper que cet effort «n’est pas suffisant».

Mais, lorsqu’on lui demande, comme sur France Info, si la France est le mauvais élève de l’Europe, Pierre Moscovici se fâche, enfourchant son cheval de défenseur de la France. «Je déteste ces vocables, je ne suis pas un professeur, la France n’est pas un élève, commence-t-il, avant d’enchaîner: La France est un grand pays, c’est la deuxième économie de la zone euro, elle a des responsabilités  à l’égard de son peuple et aussi à l’égard de l’Europe».

«Le pacte de responsabilité c’est bien, le CICE c’est bien.»

Et l’ex-ministre de se faire plus conciliant, de vanter les réformes… dont certaines qu’il a partiellement pilotées: «Indéniablement, la loi Macron c’est une réforme importante. La compétitivité s’améliore, le pacte de responsabilité c’est bien, le CICE c’est bien.» Et d’insister, comme lorsqu’il était ministre: «Il ne faut pas qu'on impose à la France une cure telle que cela touche sa croissance.»  Par ailleurs, le commissaire européen a tenté de faire la pub de l’institution qu’il représente, pas toujours très bien vue par les Français: «L’Europe n’est pas faite pour punir, pas faite pour sanctionner, mais pour inciter à changer, à réformer, pour voir plus croissance, plus l’emploi et aussi c’est vrai pour réduire les déficits.»

Si cette position un poil schizophrénique n’a pas l’air de gêner Pierre Moscovici, Michel Sapin, ministre de Finances, est venu à la rescousse de son ancien collègue au gouvernement Ayrault. Interviewé sur Radio Classique/LCI ce mercredi matin, le ministre estime que Pierre Moscovici «est dans son rôle, la Commission est dans son rôle vis-à-vis de la France comme vis-à-vis des autres».