L'euro, plombé par la BCE, poursuit sa dégringolade vers la parité face au dollar

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Un bureau de changes à Sydney
Un bureau de changes à Sydney — Torsten Blackwood AFP

La chute spectaculaire de l'euro face au dollar a pris de la vitesse cette semaine avec le début des rachats d'actifs de la Banque centrale européenne (BCE), et alors que le fossé se creuse avec les États-Unis un retour à la parité pourrait bien être à l'horizon.

«Le début lundi du programme d'assouplissement quantitatif de la BCE (ou »QE« selon son acronyme pour son appellation en anglais, »Quantitative Easing«, NDLR) a déclenché des mouvements incroyables sur les marchés», a commenté Craig Erlam, analyste du courtier Oanda.

«Peu de gens se seraient imaginé en mai dernier, quand l'euro frôlait 1,40 dollar, que près de 10 mois plus tard il aurait dégringolé», proche de 1,05 dollar, «avec le potentiel pour aller encore plus bas», a observé Michael Hewson, analyste spécialiste des marchés chez CMC Markets.

La monnaie unique est ainsi tombée mercredi à 1,0557 dollar pour un euro, son niveau le plus faible depuis mars 2003.

Et «à ce rythme, la parité pourrait être atteinte avant la fin de la semaine», prévient même Kathleen Brooks de Forex.com, car les courtiers semblent «préférer continuer à vendre leurs euros plutôt que d'attendre un éventuel rebond, alimentant la spirale baissière de la devise».

L'euro fait les frais des rachats d'actifs de la Banque centrale européenne, depuis les spéculations de la fin 2014 au lancement lundi du programme.

Ce plan de 60 milliards d'euros de rachats d'actifs par la BCE chaque mois, au moins jusqu'à fin septembre 2016, s'apparente à des injections massives de liquidité dans le système financier de la zone euro, ce qui a pour effet collatéral de diluer la valeur de la monnaie unique européenne.

«Le programme a débuté lundi et a de toute évidence un énorme impact sur le système financier, en l’inondant de liquidité (...) tandis que les flux de capitaux se dirigent ailleurs en quête de meilleurs rendements» que ceux des actifs de la zone euro, a relevé Craig Erlam.

- La reprise américaine porte le dollar -

Et l'euro continue également de souffrir des incertitudes sur la situation économique de la Grèce.

Athènes et ses créanciers, qui sont à bout de patience, planchaient mercredi sur les réformes à mener dans le pays, condition sine qua non pour que la Grèce obtienne l'argent dont elle a cruellement besoin pour éviter l'asphyxie.

Ainsi, les dettes souveraines en zone euro, et en premier lieu en Grèce, restent source d'inquiétudes, et tant qu'elles le resteront, «des doutes sur la pérennité de l'euro demeureront» et les investisseurs continueront d'être peu enclins à conserver ou acheter de la monnaie unique, a prévenu Olle Holmgren, analyste chez SEB.

L'euro dégringolait ainsi face au dollar mais aussi face aux autres grandes devises – tombant mercredi à des plus bas depuis novembre 2007 face à la livre et depuis août 2013 face au yen.

De plus, «la faiblesse de l'euro est exacerbée par le fait que l'économie américaine montre des signes continus d'amélioration», laissant entrevoir la possibilité d'un langage moins prudent de la Réserve fédérale américaine (Fed) la semaine prochaine à l'issue d'une réunion de politique monétaire, a souligné Michael Hewson.

Les bons chiffres de la première économie mondiale et la perspective d'une hausse des taux de la banque centrale américaine en milieu d'année incitent les opérateurs à se tourner vers le billet vert.

Une hausse des taux, maintenus depuis 2008 près de zéro, rendrait le dollar plus rémunérateur, ce qui va continuer de renforcer l'attrait de la monnaie américaine pour les investisseurs.