EON plonge dans le rouge en 2014 avant de s'attaquer à sa refonte radicale

© 2015 AFP

— 

Le PDG d'EON, Johannes Teyssen, lors d'une conférence de presse à Duesseldorf, Allemagne, le 11 mars 2015
Le PDG d'EON, Johannes Teyssen, lors d'une conférence de presse à Duesseldorf, Allemagne, le 11 mars 2015 — Marius Becker DPA

Le géant allemand de l'énergie EON a publié mercredi une gigantesque perte nette pour l'année 2014, jusqu'à présent la plus grosse de son histoire, alors qu'il prépare sa mue pour faire face à la transition énergétique en Europe.

Après un bénéfice de 2,09 milliards d'euros en 2013, le résultat net a viré au rouge à hauteur de 3,16 milliards d'euros. Le groupe a passé au quatrième trimestre une dépréciation géante de 4,5 milliards d'euros, notamment sur son parc de centrales électriques. Cet ajustement est un préalable à la profonde réorganisation de ses activités.

La transition énergétique à l'oeuvre en Europe érode la rentabilité de ses centrales au gaz et au charbon, mises en concurrence avec les énergies renouvelables subventionnées.

EON, actif principalement en Allemagne, au Royaume-Uni et en Scandinavie, a donc décidé en novembre dernier de tourner le dos à la production classique d'électricité à l'horizon 2016, et de tout miser sur les renouvelables, les réseaux et les «nouvelles solutions» - réseaux intelligents, services autour de la maison connectée par exemple.

Les activités traditionnelles de génération - qui comprennent aussi les centrales nucléaires allemandes appelées à la fermeture d'ici 2022 -, le gaz et le négoce d'énergie seront réunis dans une nouvelle entité séparée, qui sera mise en Bourse.

- Le plus radical -

Cette scission, qui fait d'EON l'énergéticien européen le plus radical dans sa réaction à la transition énergétique, «est un énorme défi», a reconnu mercredi lors d'une conférence de presse le patron du groupe, Johannes Teyssen. Mais elle est «logique et nécessaire», a-t-il justifié.

Il a promis des détails au cours du deuxième trimestre. La société regroupant les «vieilles» activités n'a notamment pas encore de nom, les salariés sont chargés de faire des propositions.

En attendant la séparation, EON souffre, comme ses concurrents RWE, Vattenfall ou encore GDF Suez, et même peut-être un peu plus du fait de son exposition à la Russie - le groupe y exploite du gaz naturel et y opère des centrales électriques et a été très pénalisé par la dégringolade du rouble - et de ses activités d'exploration, affectée par la baisse des cours du pétrole.

L'an dernier, le chiffre d'affaires a reculé de 7%, à 111,6 milliards d'euros, et l'excédent brut d'exploitation (Ebitda) de 9% à 8,34 milliards, en ligne avec les attentes. Le bénéfice net récurrent - toiletté d'effets exceptionnels et hors cessions en cours - a chuté de 24% à 1,61 milliard d'euros.

Une partie du recul provient de la réduction de la taille du groupe, qui s'est défait de beaucoup d'activités ces dernières années, notamment des distributeurs régionaux d'électricité en Allemagne et ses activités en Hongrie. Dernièrement il a aussi vendu sa filiale en Espagne et le gros de ses activités en Italie. EON emploie quelque 60.000 personnes dans le monde.

- Date anniversaire de Fukushima -

2015 sera «une année toute aussi difficile que 2014, voire encore plus difficile», a prévenu M. Teyssen. Comme RWE, qui a publié ses chiffres et pronostics mardi, EON prévoit une nouvelle érosion des bénéfices, au moins au niveau de l'exploitation, avec un Ebitda entre 7 et 7,6 milliards d'euros et un bénéfice net récurrent compris entre 1,4 et 1,8 milliard d'euros.

Les investisseurs digéraient toutefois bien la nouvelle: l'action prenait 1,69% à 14,11 euros à 10H28 GMT à Francfort.

La date choisie par EON pour annoncer sa perte géante, exactement quatre ans après la catastrophe de Fukushima, ne devait rien au hasard, selon certains commentateurs. Le choix de cette date anniversaire «est un signal envoyé à la politique», notait ainsi le quotidien Süddeutsche Zeitung dans un éditorial.

EON, comme RWE, Vattenfall et EnBW, sont engagés dans plusieurs batailles juridiques contre l'Etat allemand suite à la décision prise en 2011, immédiatement après Fukushima, d'abandonner le nucléaire, et les opérateurs aimeraient que les pouvoirs publics les aident à prendre en charge les coûts liés à la fermeture des réacteurs.