Gaspillage alimentaire: Les «Gueules cassées» arrivent aux rayons fromage et céréales

SOCIETE Chaque année, l'équivalent de 17 Stades de France remplis de produits aux infimes défauts d'aspect pourraient être proposés à la vente plutôt que jetés...

20 Minutes avec agences

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Après les légumes tordus, d'autres "Gueules cassées" préparent leur entrée dans les supermarchés
Après les légumes tordus, d'autres "Gueules cassées" préparent leur entrée dans les supermarchés — Loic Venance AFP

Après les légumes mal foutus, d'autres «Gueules cassées» préparent, ce mois-ci, leur entrée aux rayons laitier, charcutier et petit-déjeuner des supermarchés. Une poignée d'enseignes vont, en effet, faire une place aux produits moches. Camemberts au lait cru de Normandie pas tout à fait ronds, céréales biscornues et saucisses fumées de traviole rejoindront ainsi leurs collègues mieux formés dès le mois d'avril.

Vendus au minimum 30% moins cher

Reste que pour inciter les clients à mettre dans leur panier ces «Gueules cassées», ces laissés pour compte seront vendus au minimum 30% moins cher que leurs modèles calibrés. «Nous sommes ainsi dans la dernière ligne droite pour lancer notre marque antigaspi à l'ensemble des secteurs agroalimentaires», assure Nicolas Chabanne, à l'origine du collectif Gueules cassées, précisant que, chaque année, «l'équivalent de 17 Stades de France remplis de produits aux infimes défauts d'aspect peuvent être proposés à la vente plutôt que jetés».

Ainsi, chez la PME Sevenday à Soultz, en Alsace, qui fabrique des céréales pour des marques de distributeurs (MDD), sont écartées des tonnes de flocons pour «des détails à peine visibles à l'œil nu», insiste Rebecca Royal, la responsable de l'opération chez ce fabricant. Et ce même, si «en termes de goût et de recette, rien ne diffère d'une céréale classique sauf l'aspect. Ils sont trop petits, trop gros ou le chocolat est trop prononcé par rapport au cahier des charges.»

Les députés se penchent sur le casse-tête des denrées alimentaire invendues

Vendre 600.000 boîtes de «céréales moches» par an

C'est donc, chaque jour, 10 à 15% de la production qui est écartée, assure Rebecca. Jusqu'ici ces indésirables allaient à l'alimentation animale, mais Sevenday compte aujourd'hui vendre près de 600.000 boîtes de «céréales moches» par an. Autre argument, de poids: ces boîtes seront vendues en dessous d'un euro, contre 2,50 euros pour une marque emblématique et 1,60 euro pour une MDD.

Et du côté, de Fêche l'Eglise, en plein Territoire de Belfort, Sébastien Roux est, lui, déjà débordé par le succès. La presse locale s'est effectivement fait l'écho de ses saucisses de Morteau et de Montbéliard vendues 30% moins cher. « Je les fabrique sous indication géographique protégée (IGP), ce qui m'impose un triage très strict. On a environ 2% de déclassés, question de diamètre, de fumage, de couleur trop ambrée, etc. Tout ça va donc passer sous la bannière des "Gueules cassées"», explique le responsable de la PME Saborec.

Plus de 32.000 euros issus du crowdfounding

En temps de crise et de chasse au gaspillage alimentaire, l'initiative a d'ailleurs trouvé son public. Preuve en est, plus de 32.000 euros ont été rassemblés par le collectif des Gueules cassées sur la plateforme de financement participatif Kisskissbankbank. «Il y a des gueules cassées chez tous les producteurs et la crise est partout», reprend Nicolas Chabanne, affirmant que la somme collectée servira à convaincre les géants de la distribution à créer la vignette qui labellisera les denrées concernées.

«Et puis face au distributeur, ça nous donne des armes. Ça montre que les consommateurs sont intéressés quand une étudiante avance 15 euros ou un retraité, 2.000 pour nous soutenir», note le jeune entrepreneur. Venu de la pub et du marketing, Nicolas Chabanne avait déjà lancé les primeurs «Mon Petit producteur», avec la tête et l'adresse du maraîcher sur le panier, avant d'initier «les Gueules Cassées» en 2014 et de convaincre, en huit mois seulement, 1.500 points de vente.